Le poisson sacré dans les cultures africaines

Le poisson sacré dans les cultures africaines et antillaises


La rivière de Sokotèh longue de 200 m, est située en plein centre ville de Bongouanou en Côte d’Ivoire. Dans cette rivière, les silures y foisonnent et offrent un drôle de spectacle. Les touristes et même les autochtones prennent du plaisir à les nourrir en leur jetant des friandises de tout genre. Mais, il est formellement interdit aux hommes de les pêcher et de les consommer. C’est là tout le mystère saisissant autour de cette rivière !

Selon les habitants:

Cette rivière existe depuis très longtemps avant l’arrivée de l’homme dans ce village. C’est un puits sacré. Les villageois viennent prier les ancêtres pour résoudre leurs problèmes. Et c’est comme ça depuis toujours. Ces silures sont comme des gardiens, des ancêtres, qu’on vénère. Gare à celui qui en mange, il mourra à coup sûr ! Certains silures, les plus gros, ont parfois des cauris sur la tête”.

Du petit paysan aux grandes têtes du gouvernement, tout le monde vient visiter cette rivière afin de s’y recueillir.
Par exemple, vous vous rendez au bord de l’eau et que vous jetez de la nourriture, si les silures ne sortent pas en masse comme d’habitude vers vous, c’est un mauvais présage. 

C’est très rare mais quand ça arrive, ce n’est pas un bon signe”. 

Rivière de Bongouanou

D’ailleurs, selon un légende local, des étrangers avait migré dans le village à cause de la famine. Affamés, ils avait mangé les silures de la rivière malgré la mise en garde des habitants. Le lendemain, tout les hommes sans exception qui avaient goutté la chair de ce poisson sacrés sont décédés. Légende ou pas? En tout cas, ils y croient ardemment. De plus, selon un proverbe: les légendes disent plus vrai que l’Histoire.

Le poisson sacré dans les cultures du continent

Les poissons apparaissent très tôt dans la cosmogonie égyptienne. Certains poissons du fleuve étaient respectés de leur vivant. À leur mort, ils étaient sacralisés par la momification.

C’est le cas en particulier du Lates (connu actuellement sous le nom de capitaine ou perche du Nil), dont on a retrouvé de nombreuses momies dans la nécropole d’Esna. C’était l’animal sacré de la déesse Neith, souveraine de la cité d’Esna. D’après certains textes, la déesse Neith se métamorphosa à plusieurs reprises et prit la forme du poisson.

À Thèbes, les lépidotes (Barbus bynni ou carpe du Nil) étaient ensevelis dans des petits cercueils en bois peint, en forme de poisson. C’était l’animal sacré de la déesse Méhyt, à tête de lionne.

La ville d’Oxyrhynchos en Haute Égypte doit également son nom à un poisson, l’oxyrhynque (Mormyrus kannume) qui faisait l’objet d’un culte dans toute l’Égypte. Cette espèce, reconnaissable à son museau long et recourbé et à sa nageoire dorsale très longue, était consacrée à la déesse Hathor. De nombreuses statuettes de bronze représentent ce mormyre, la tête surmontée des attributs de cette divinité.
L’oxyrhynque symbole d’Osiris également, considéré comme protecteur du mort et garant de la résurrection, a été l’un des ex-voto le plus apprécié, témoignant du désir de tout Égyptien de revivre dans l’au-delà.

En Égypte, le poisson, frais ou séché, qui était de consommation courante pour le peuple, était interdit à tout être sacralisé, roi ou prêtre.

Amulette d’oxyrhynque.
Époque gréco-romaine, 332 av. J.-C
Amulette poisson en or, portée par les jeunes femmes dans leurs cheveux pour les protéger du danger de l’eau. Égypte.

Le tilapia, dont certaines espèces incubent leurs œufs dans la bouche, est l’un des poissons les plus représentés dans l’art égyptien. Il fournit le motif des palettes à fard et on le retrouve peint sur des vases, ainsi que sur de nombreuses fresques. Il est associé à l’idée de fertilité et de renaissance dans l’autre monde, ainsi qu’au dieu Atoum qui prit sa semence dans la bouche et généra le monde.

L’espèce Oreochromis niloticus (tilapia) est quasiment un poisson amulette. Il est associé au concept de la vie éternelle et à ses rituels. Il protège les vivants et les morts, ainsi que les enfants des morts « dangereux » sans sépulture ou sans tombe. Abydos serait la cité du tilapia .

En Afrique de l’Ouest

L’Afrique de l’Ouest contemporaine n’est pas en reste. La sacralisation des animaux du fleuve tient au moins en partie aux services qu’ils ont rendu à des familles ou à des ethnies lors de certains épisodes de leur vie. Ainsi, une branche des Coulibaly au Mali vénère les Heterobranchus (poissons-chats) parce que ce poisson a aidé un de leurs ancêtres, poursuivi par des ennemis, à traverser la rivière.

Plusieurs espèces de poissons restent vénérées en Afrique. Mais le plus populaire est le silure, poisson à la fois commun et mystérieux, vivant dans l’ombre de la vase, robuste et capable de vivre hors de l’eau.

Chez les Dogon du Mali, la figure du héros culturel, le nommo, est susceptible de s’incarner dans un silure. La symbolique du silure préside aux principales étapes de la vie. Dans le mythe d’origine, les germes des deux premiers hommes avaient la forme de poissons silure. À sa naissance, l’enfant passe de l’état de poisson dans « l’eau-mère » à celui d’un être doué de paroles. Plus tard, il est offert à la jeune fille qui devient femme et, lorsqu’arrive une grossesse, il est considéré comme son véritable époux. Les morts, enfin, sont préparés pour ressembler à un silure et les danses rituelles lors des funérailles simulent la nage du poisson.

Serrure dogon.

Dans la région de Man, en Côte d’Ivoire, les silures reçoivent des offrandes de riz. Les Man du Liberia ont à charge de nourrir les poissons sacrés, images réincarnées des ancêtres.

Dans les sociétés akan de Côte d’Ivoire, il existe également un culte des silures sacrés. Dans la rivière Stransi, près du village de Sapia, il est formellement interdit de pêcher du poisson. Il est également interdit de cultiver aux environs de la rivière. Une famille est en charge de protéger les silures sacrés. Si un silure vient à décéder, le village en est informé travers des salves de fusil. Ensuite, on retire le poisson mort de l’eau, on l’enroule dans un percal blanc pour l’enterrer au bord de la rivière.

Au Burkina Faso, le poisson-chat fait aussi l’objet d’un culte. En juin 2005, les silures sacrés d’une mare située prés de Bobo-Dioulasso ont été décimés par une eau souillée provenant d’installations industrielles. Traités comme des humains, plusieurs centaines de ces silures qui sont censés protéger la ville ont été ensevelis dans les linceuls.

Sya porte depuis la semaine dernière le deuil de ces centaines de poissons sacrés morts des suites d’une pollution de la rivière Houet.

Des rites funéraires y ont été accomplis par les notables du village et très bientôt des sacrifices seront organisés pour être en phase avec ce que nous ont enseigné bien des générations devant une telle situation malheureuse.

Seulement, je me demande si à l’allure où vont les choses, on ne se lèvera pas un de ces quatre matins sans le moindre poisson dans cette rivière. Et pour cause, sais-tu, cher cousin, que c’est la énième fois que nous assistons à un tel scénario, au point que certains à Bobo-Dioulasso soient restés indifférents lorsqu’ils ont appris la nouvelle ?

Cette même pollution, nous l’avons vécue les années antérieures avec les mêmes conséquences sans que rien ne soit fait, jusque-là, pour conjurer ce sort que ne méritent pas nos silures sacrés. La même catastrophe a été vécue il y a à peine deux ans dans le village de Samangan situé dans la banlieue ouest de la ville. 

L’observateur Paalga, n° 6424 – Burkina Faso – Jeudi 30 juin 2005

Tabous et interdit

Dans certaines provinces d’Égypte ancienne, il existait un certain nombre de tabous vis-à-vis du poisson. Il était en particulier interdit dans l’alimentation là où l’on vénérait le dieu Osiris. En effet, dans la mythologie égyptienne, le corps d’Osiris découpé en morceaux par son frère Seth aurait été jeté dans le Nil. Isis, femme d’Osiris, parvint à retrouver toutes les parties à l’exception du membre viril avalé par le lépidote ou l’oxyrhynque.

Les communautés des pêcheurs créent leurs propres mondes faits d’interdits, de symbolismes et de savoirs propres. Ceci est particulièrement vrai dans les régions de pêche traditionnelle, où certains interdits coutumiers (zones, périodes et types de pêche) ont contribué jusqu’à un passé récent et contribuent parfois encore à éviter une exploitation anarchique et inconsidérée des ressources.

Au Sénégal

Les interdits sont souvent en rapport avec la gestion des pêches. Dans un pays où la saison sèche est bien marquée, il s’agit de protéger les stocks de géniteurs.

Demba Sy : « Il y a des fosses d’eau profonde où on interdit la pêche. On déclare qu’on va réserver tel endroit pendant un certain temps : on en fixe les limites, on déclare par exemple que les pêcheurs au cambal (filet maillant) ou au doolinnge (ligne à hameçons) ne doivent pas dépasser tel ou tel endroit. Ainsi, les poissons ont un endroit pour vivre. Quand les poissons se rassemblent et l’eau se réchauffe, on déclare la pêche ouverte. Ce n’est pas un seul qui décide. On fixe les dates : il y a des dates pour la mise en réserve du fleuve. Celui qui ne les respecte pas va créer des disputes. »

Demba Traore : « Autrefois, quand on allait pêcher dans les mares, les cordonniers n’y allaient pas, ni aucun vêtement rouge. Ce sont là les interdits de la mare. Si on va à la mare avec quelque chose de rouge, les poissons disparaissaient, on ne les voit plus. Un nouveau marié ne doit pas y aller non plus. Nous avons abandonné toutes ces choses en disant que ce sont des mensonges ; les poissons sont partis. »

Parole de pêcheurs Sénégal – 1996

Au Bénin

Sur les lacs Ahémé, Toho, Nokoué et dans la zone lagunaire, il existait autrefois un arsenal d’interdits et de règlements, un véritable code moral qui permettait, selon les plans d’eau, d’éliminer les techniques et les engins dangereux afin de ménager la faune ichtyologique et de préserver la ressource. Ainsi il y avait des engins et des techniques de pêche prohibés (Pliya, 1980) :

  • le djetowlé : quand un pêcheur jetait son filet, il ne devait pas descendre dans l’eau pour essayer de capturer les poissons qui cherchaient à s’échapper en s’enfonçant dans la vase ;
  • l’amedjrotin : qui signifie littéralement « l’arbre de l’étranger », assemblage de branchages feuillus dont le pourrissement attire certaines espèces de poissons qui y élisent domicile ;
  • la palangre : munie d’une multitude d’hameçons, elle provoque des accidents graves et était formellement interdite ;
  • l’épervier, ainsi que tout engin muni de plomb sur le lac Toho, etc.
Pêcheur sur le lac Nokoué, Bénin.
© IRD/C. Levêque

Sur le lac, nul ne devait siffler durant la traversée, qu’il fut pêcheur ou non. Toute infraction était, d’après la légende, sanctionnée par une attaque de crocodile. Par ailleurs, deux jours par semaine étaient traditionnellement réservés au repos, et des zones étaient déclarées protégées et d’accès interdit.

Le but des interdits était de lutter contre la surpêche, dont on avait conscience depuis longtemps malgré l’abondance des poissons. La sanction des vodun était graduée pour les contrevenants : d’abord une mise en garde, puis des amendes, puis la flagellation. En cas de récidive, on saisissait les engins prohibés, puis les filets et la pirogue du récalcitrant.

Lorsqu’un coupable ne s’amendait pas, on finissait par le confier au « Dangbé Honsou », le Dieu protecteur, qui châtiait durement les délinquants qui mourraient noyés s’ils n’avouaient pas leur forfait à temps. La crainte des sanctions maintenait en respect ceux qui risquaient de compromettre la pêche. Puis, peu à peu, la rigueur traditionnelle s’est relâchée, supprimant les freins classiques à la surpêche et au désordre.

La panthéon des fleuves et des lacs

Dans le panthéon africain, les eaux sont peuplées de génies plus ou moins bienveillants.

Parmi eux, Mami Watta est la Mère des eaux, mi-femme mi-poisson, mi-terrestre mi-aquatique, déesse du culte vodun au Togo et au Bénin, esprit de l’eau craint par les pêcheurs du Nigeria et du Ghana, mangeuse d’hommes qui erre dans la nuit africaine sous les traits d’une revenante. Mami Wata est une divinité vénérée dans des cultures et des peuples aussi divers que les Ibo du Nigeria, les Ewé du Bénin, les Bamiléké du Cameroun et les Kongo de la République démocratique du Congo. Cependant, elle est l’objet de cultes différents selon les ethnies, les croyances, mais aussi les milieux sociaux.

Afin d’approfondir ce sujet, vous pouvez lire: Le culte de Mami Watta

Au Sénégal

Les grands cours d’eau sont habités par un esprit ou totem, à qui il faut faire des offrandes régulières pour implorer sa clémence. Ainsi, dans la ville de Saint-Louis au Sénégal, Mame Coumba Bang est le totem du fleuve et de la ville.

Mami Wata.
Masque guro. Milieu du xxe siècle. Côte d’Ivoire. Bois, peinture.

Diabé-Sow : « Les poissons vivent avec le muno, le djinn des eaux. Le muno est le berger des poissons. Certains poissons, si tu les prends sans savoir comment conjurer le mauvais sort, cela te portera malheur. Cela se répercutera sur tes enfants : tu auras peut-être des enfants paralysés, à grosse tête ou sans jambes ; tout cela est causé par des poissons.

Avant, chaque village offrait chaque année un sacrifice au génie du fleuve. Certains sacrifiaient un dogoore, c’est-à-dire un bouc ; certains des poulets. Chaque village qui faisait un sacrifice avait du poisson en abondance. On amenait beaucoup de poissons sur les berges : les Somono en attrapaient, les pêcheurs à la ligne en attrapaient. »

Parole de pêcheur, Sénégal – 1996

Au Mali

Dans le delta central du Niger, dans la cosmogonie bambara et bozo, le génie des eaux est Faro. C’est un djinn androgyne qui peut prendre toutes sortes de formes humaines ou animales. Il a une tête humaine et un corps de poisson. Mais le Faro se présente parfois sous l’apparence d’une femme à peau blanche agréable à voir, aux seins droits, au ventre dépourvu de nombril. Il peut aussi prendre la forme humaine pour aller au marché acheter des tomates dont il est très friand.

Le Faro est propriétaire de tout ce qui vit dans l’eau. Il a placé des génies en tous lieux. Partout sur les rives, il y a des lieux de culte, les faronty, où on réalise des sacrifices (mil, lait, poulets, béliers, etc.).

Chaque région est habitée par un génie qui vit au fond de l’eau avec femmes et enfants dans des villages semblables à ceux des hommes ; chacun d’eux porte un nom personnel connu du seul sacrificateur accrédité par le chef religieux de la région. Certains génies sont débonnaires, d’autres sont irrascibles. La plupart des accidents survenus à la pêche ou sur l’eau sont dus à la colère des génies attisée par des ruptures d’interdits. Car l’eau, le poisson, tout est la propriété des génies.

Les Bozo reconnaissent une sorte de parenté avec Faro, ce qui permit un accord entre eux : « je vous autorise à vivre du produit de votre pêche à condition que vous occupiez seulement les lieux que je vous indiquerai ». En contrepartie de cette licence, les Bozo doivent au génie des offrandes régulières et le respect absolu d’un certain nombre d’interdits. Faro a pour serviteur le crocodile, et c’est par son intermédiaire qu’il punit les hommes coupables de négligence dans le culte qui lui est dû.

En Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, les génies peuplaient la lagune. Roches, hauts-fonds, limites entre villages portent encore le nom de ces divinités qui semblent avoir eu des interlocuteurs attitrés ; ceux-ci intercédaient auprès d’elles au nom du groupe local ou lignager qui demandait à exploiter la zone concernée.

D’autres divinités étaient dotées de pouvoirs moins territorialisés mais redoutables. Ainsi, la grande saison de pêche, qui débutait avec la grande saison des pluies (mai), donnait lieu à une cérémonie d’ouverture dont étaient chargés les prêtres de Tefredji, village « mère » du groupe ethnique réputé le plus ancien. Gun-kuala, le génie « baleine », blotti au fond de la lagune, retient jusque-là les poissons dans son ventre « monstrueux ».

Une pirogue est envoyée à sa rencontre dans laquelle ont pris place un officiant et un joueur de tambour. Après que le prêtre ait appelé le génie et que sa devise ait été jouée par le tambourinaire, une offrande composée principalement de viscères de chien est traînée derrière la pirogue, puis lâchée tandis que les piroguiers doivent pagayer très vite et ne pas se retourner.
Sorti de sa léthargie par cet appât dont il est friand, le génie remonte à la surface pour s’en emparer, libérant ainsi les poissons qu’il avait retenus captifs pendant toute la saison sèche. Alors la grande saison de pêche peut commencer.

L’appropriation du poisson par les hommes est ainsi tributaire d’un ordre établi entre eux et les « forces » monstrueuses. Le génie a un pouvoir avec lequel il faut composer. Il est considéré symboliquement comme le quasi-géniteur des poissons. Il faut avoir recours à la ruse et à la médiation par des personnes autorisées à intercéder auprès du génie.

Aux Antilles

Antan lontan, aux alentours de l’anse Couleuvre, les pêcheurs considèreraient comme une faute grave de ne pas rejeter à l’eau, et surtout de faire cuire, un beau poisson blanc fileté d’or qu’ils appellent le bon Dieu Mariyan. Après quelques recherches, j’ai retrouvé un conte de notre enfance qui retrace l’origine du bon Dieu Mariyan selon notre imaginaire collectif.

Dans cette mer vivait un petit poisson. On le nommait Mariyan Tètfè. Son nom véritable était Mariyan, Tètfè n’étant qu’un surnom. D’ailleurs, si depuis, tous les mariyans traînent ce sobriquet, c’est à cause de lui.
Il vivait comme tous les poissons dans la mer, affectionnant plutôt la zone des récifs, refuge facile gueules ouvertes. Donc Mariyan Tètfè ne s’aventurait guère au-delà du seuil de sa maison.

Chaque matin, chaque soir Père et Mère lui répétaient ces mots:
Fils! Dis-moi le piège de la mer?
-C’est la nasse, Père, c’est la nasse, Mère!

Et pourtant, le sens de ce discours lui échappait totalement. Cela lui entrait par une oreille et sortait par l’autre. Avait-il seulement jamais entendu? Insouciant, il s’éloignait bien vite.u

Un jour alors qu’il se promenait, il vit un objet métallique. Notre explorateur découvrit enfin un passage et s’y engouffra. C’était là l’ouverture. Une sorte d’entonnoir qui se prolongeait jusqu’au ventre de la boîte en un corridor sinueux. Ce corridor, lui-même après un virage aboutissait au-dessus d’une salle bourrée de nourriture. L’affaire était dans le sac. Mariyan Tètfè!

La femme du pêcheur commençait à écailler le poisson, mais avant de lui fendre le ventre, elle le rinça dans son coui. C’est ce qui sauva Mariyan! Il se jeta à droite, à gauche, tourna, se tordit, se retourna, glissa, et en quatre coups de reins fusa dans l’immensité bleue. Il était sauvé!

Il était désemparé car il avait froid sans ses écailles. Il rencontra un poisson-coffre qui le conseilla de consulter le Grand Sorcier Pabelpyès. Sa maisons était dans la région de Détoulanm, dans les varechs du côté des Fonds Blancs, là où les oursins viennent se gaver.

Après plusieurs rencontres et péripéties, Tètfè nagea de nuit comme de jour pour rencontrer la vache de Mer. La vache de mer lui dit:
Crois-moi! Sur la terre, le lait des vaches tourne. Le mien te tourne l’esprit, mais afin que tu apprennes ce que tu ignores. Veux tu le boire pour qu’il te repousse des écailles? Cette parabole au précieux lait t’ouvrira les yeux. Ce n’est pas un punch. Il a le pouvoir de te montrer ce que ton nez n’a point flairé. Tu le bois par l’oreille comme par la bouche, pour toucher avec ta tête, sentir avec tes mains. Quand tu l’auras bu, pour toi, tout changera. C’est le véritable lait de la Connaissance.

Ta tête fut si longtemps de fer! La parole ne pouvait y pénétrer, une tête trop dure! Bois, Mariyan, bois mon fils et quand tu seras rassasié, je t’apprendrai à te défendre. Du métal de ta tête, je te ferai des écailles, grâce au lait elles pousseront bien. De part et d’autre de ta queue je te poserai des outils pour guérir et soigner les autres.

A cause de ses mésaventures, Tètfè n’avait plus rien d’un Mariyan. Il devint docteur, un vrai chirurgien. Ainsi, naquit cette race de poisson. Un fils du Génie de la Mer! Dès lors, devenu Chirurgien, il guérit les uns et les autres et peut même avec succès soigner les diabétiques. Il est tout nu mais plein d’expérience.

Nous retrouvons une symbolique autour du poisson qui se retrouve également dans les cultures ancestrales de nos aïeuls avec des interdits. Peut on suggérer à travers ce conte un reliquat de ce symbolisme ?

Afin de le découvrir il faudra nager nuit et jour comme Mariyan Tètfè pour remonter à le cours d’eau Nanni nannan.

Sources:
Témoignage d’un mon guide au Domaine Bini lagune en Côte d’Ivoire
-Poissons d’Afrique et peuples de l’eau, de Didier Paugy, Christian Levêque et Isabelle Mouas.

Life magazine
Le Génie de la mer : contes marins des Antilles de Térèz Leotin
-Magie antillaise d’Eugène Revert


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