danmyé

Le Danmyé


Il y a quatre appellations (Danmié, Ladja, Kokoyé, Wonpwen) pour désigner, aujourd’hui, la même pratique définie, selon les préférences, comme : une danse de combat, un art de combat, un combat cadencé, un art martial … Bref, une pratique guerrière opposant deux “danmyétè” ou “majo” ou “jwa” dans un “won” formé par les supporters (Atlaj) et l’assistance, et régulée par “Mizik-la” (l’orchestre).

Le danmié marque incontestablement notre mémoire collective car il a été exécuté dans toutes les régions de la Martinique et sous la même forme (c’est à dire avec le même rituel et le même orchestre). Bien sur, il existe des nuances dans la musique danmié entre les régions, principalement entre le nord et le sud, et les danmyétè de chaque région ne manquent pas de les souligner. Pour les gens du Sud, le danmié du nord serait trop influencé par le bèlè, il se serait donc “adouci” ; pour les gens du nord, celui du sud serait trop “grossier”, il manquerait de finesse. Cependant les hauts faits d’armes et les héros légendaires sont originaires de toutes les régions.

Les appellations nous interpellent déjà fortement

Dans son ouvrage “Le ladjia – Origine et pratiques”, Josy Michalon fait remonter à la lutte KADJIA du peuple Basantché et à la lutte KOKOULE du peuple Kotokoli, tous deux du Bénin, les origines profondes du danmyé. Outre la parenté au niveau de la terminologie (ladja/kadjia, kokoulé/kokoyé), les ressemblances au niveau de la symbolique, de la fonction et de la technique d’expression corporelle sont manifestes. Notons toutefois que, en ce ce qui concerne le kokoulé, la musique n’intervient qu’en début de combat.

Josy Michalon insiste également sur l’importance du syncrétisme entre esclaves africains, opinion largement partagée par Dominique Cyrille dans son étude sur “Les danses rurales à la Martinique ”. Après avoir fait remarquer « […] la multiplicité de nationalités africaines introduites à la Martinique , pendant et après l’abolition de l’esclavage » […]  , Josy Michalon souligne que […] « D’autres emprunts ont pu vraisemblablement venir soit du Nigéria, chez les Haoussa sur les bords du Niger, soit des hautes terres de la Guinée dans le Fouta-Djalon, soit du Sénégal où ont lieu périodiquement des cérémonies de lutte, notamment chez les Sérères du Siné Saloum, les Diolas de Casamance, les Lébous du Cap-vert, les Socès du Sénégal oriental. […]. Et elle constate que […] « Il existe de nombreux parallèles entre ces luttes traditionnelles et le ladja. »  […] 

Joséphau qui a étudié les “Africanismes dans la langue créole” fait, lui, référence à AGIA. Pour Sully Callyaussi, tout comme pour Max-Auguste Dufrénot , Ladja viendrait d’AGIA qui, chez les Bantous, désigne l’action de“hacher menu”. Il s’agirait d’un terme employé en dialecte Mina pour encourager deux lutteurs.

Dans l’ouvrage de Cheick Antha Diop “Nations nègres et culture” (tome 2), le terme “LAG-YA” est mentionné dans la langue Wolof du Sénégal. Lag désignant “la chevalerie” et ya “l’histoire” ; lag-ya serait donc “l’histoire de la chevalerie” sénégalaise.

Jacqueline Rosemain , dans son ouvrage “La musique dans la société antillaise”, avance la thèse que le Ladja serait à l’origine une danse cultuelle, intégrée à l’un des trois grands cultes des religions africaines, le culte de la fécondité de la mort.
Ces danses de la fécondité qui furent appelées Caleinda par les colons.

 […] « La danse de la guerre était la plus secrète, et pour cause, aucun auteur de l’époque ne la décrite.Ces cérémonies au cours desquelles était dansé le Caleinda, car le dieu de la mort est aussi celui de la guerre s’achevaient par une danse guerrière […] Toujours est-il que le laguia est une danse belliqueuse. Il mime une lutte et se termine par la mort du plus faible ou du moins habile des adversaires […] Cette danse était l’affaire des initiés, elle préludait à toutes révoltes ou affrontements graves » […]  

Alfred Métraux inclut la danse de la guerre dans le rite “pétro”, un des rites du Vaudou. A l’appui de cette thèse, on pourrait citer l’existence de danses de combat à Trinidad, à Porto-Rico et en République dominicaine portant le nom de CALINDA ou CALENDA ; de même toutes les pratiques et croyances surnaturelles qui entourent le danmyé; de même le témoignage de Lafcadio Hearn dans “Esquisses martiniquaises” qui décrit « le Caleinda » pratiqué par “des hommes”, “à l’aide de bâtons” , et qui pouvait se terminer en de véritables batailles rangées.

Victor P’Fouma , quant à lui, dans “De l’unité culturelle de l’Afrique noire” , indique que dans certaines langues africaines, les mots ‘damm” et “gamm” veulent dire “initiés”, et les mots “yé”, “ya” désignent “ceux qui pratiquent” . Relevons d’ailleurs qu’à Porto-Rico, il existe un art de combat appelé “Damya”.

Enfin, il faut noter qu’il existe des traces dans la mémoire orale et dans la diaspora qui établissent une différence entre “ladja et “danmyé” : le ladja est décrit comme une danse (“dansé ladja” serait une des formes des “dansé kalennda”), ou/et encore comme un combat basé sur la boxe (coups de poings, de pieds) et les projections mais excluant la lutte.

En tout cas, la présence des arts de combat durant la période esclavagiste et l’origine africaine du danmié ne peuvent être mis en doute.

 Moreau de Saint-Méry , chroniqueur européen de l’époque, en parle en ces termes :  

[…]  « Les nègres de la côte d’or, belliqueux, sanguinaires, accoutumés aux sacrifices humains, ne connaissaient que des danses féroces comme eux, tandis que les Congos, Sénégalais et d’autres africains, pâtres ou cultivateurs, aiment la lutte parmi leurs amusements favoris. Ils miment des combats et prenaient différentes attitudes de vainqueurs et de vaincus » […].

Source:
Plateforme minimale de travail des écoles danmié AM4  (Martinique)


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Un commentaire pour “Le Danmyé”

  1. Merci pour le partage de ces pistes de travail inspirantes pour la dramaturgie créole

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