les 16 de basse-pointe

L'affaire des 16 de Basse-Pointe (1948)


L’Affaire des 16 de Basse-Pointe” agita l’opinion publique de la Martinique de 1948 à 1951.

Début septembre 1948, à Basse-Pointe, déjà célèbre pour la combativité de ses ouvriers, la situation se tend. 3 travailleurs casés de l’habitation Leyritz sont expulsés de leur case et licenciés. Aussitôt, rassemblement d’ouvriers agricoles. Les gendarmes ont été alertés. Ils arrivent en jeep avec Guy de Fabrique (l’économe béké du centre). Echauffourrée de Fabrique est retrouvé mort frappé de plusieurs coups de coutelas.
L’enquête a indiqué qu’il avait un revolver dans sa voiture. L’avait-il au poing? C’est ce que disent les ouvriers.

Alors 16 ouvriers sont arrêtés, parmi eux le secrétaire du syndicat des ouvriers agricoles de Basse-Pointe Louis Blézés, ils seraient tous communistes. Comme par hasard…
Ils sont accusés du meurtre de Fabrique et de violences exercées sur gendarmes et de vols de fusils.
Ce sont: Sébastien Julina, Albert Rovela, Jean Bastel, Stéphane Roselmac, Félix Goidaman, Romain Nelar, Eusèbe Roure, Edmond Cressant, René Polomat, Nestor Clio, Omer Surbon, Crépin Romain, Marcelin Hérard, Louis Blézés et deux Moutoussamy. Ils sont agés de 26 à 56 ans.

Les 16 passèrent plus de 2 ans en prison. Syndicats, UFF, PC engagèrent une campagne de solidarité: motions, pétitions, protestations contre la lenteur de l’instruction. Des conseils municipaux votèrent des vœux dans le même sens. La tension était telle que la Cour d’Assise de Fort de France fut dessaisie en faveur de celle de Bordeaux.

Ce transfert entraîna un grand mouvement de Solidarité en France. Un comité de Défense des 16 publia des articles dans la presse, des tracts, des affiches, des cartes de solidarité à signer, organisa des concerts. Une collecte de fonds s’effectua sous l’égide du Secours Populaire Français qui à , à la veille du procès, dans une lettre de son bureau national, pouvait proclamer:

“Tous les honnêtes gens de France connaissent maintenant votre histoire. Ce que nous voudrions que vous sachiez c’est que tous les français ne sont pas comme les européens ou les créoles de la Martinique qui regrettent le temps de l’esclavage.
Ce que nous voudrions que vous sachiez c’est qu’au delà des murs du Fort du Hâ, il y a des milliers et des milliers de français qui pensent à vous, qui font circuler des pétitions en votre faveur, qui sont avec vous dans la dure épreuve que vous traversez”.

Les français qui avaient vécu la période de Vichy, s’indignaient que 16 malheureux ouvriers agricoles, pour intimider et mater la classe ouvrière martiniquaise. Les Nouvelles de Bordeaux écrivait le 5 juillet 1951:”Les ouvriers ont été arrêtés comme otages”.

Au procès, le 9 août 1951, les avocats conduits par Me Georges Gratiant surent convaincre les jurés de Bordeaux qui prononcèrent l’acquittement. La défense était constituée de MesManville, Gratiant, Dennery, Prompt, Benzacar, Petit, Douzon, Matarasso, Gerty Archimède (député de la Guadeloupe) et Chalès.
Du côté de l’accusation, on soignait ses “atouts”. Le journal “l’Humanité” put écrire:

“Presque tous les témoins à charge vivaient collectivement à la caserne de gendarmerie, avenue de Laugnac à Bordeaux, et c’est en compagnie de la maréchaussée que les civils, témoins à charge, partaient pour le Palais de Justice et regagnaient le soir leur cantonnement”.

Plusieurs de ces témoins étaient des repris de justice. Un d’eux, escroc, était en fuite. On y trouvait un proxénète, un interdit de séjour, l’un deux, fou, avait été interné à bord du navire de transport. L’avocat général réclama au total 39 années de prison et 75 de réclusion. Mais, l’acquittement fut prononcé le 13 août et suscita un enthousiasme indescriptible.

Les 16 arrivèrent à Fort de France, le 12 septembre. Malgré le cyclone qui avait dévasté le Sud de l’île, le 2 septembre (5 milliards de dégâts, des centaines de sans abri), une foule nombreuse était venue les accueillir. Les autorités furieuses du verdict voulurent prendre leur revanche. Sur le port les CRS matraquèrent la foule, lancèrent des grenades lacrymogènes. Amboise Guimèze, secrétaire du syndicat CGT de l’hôpital civil fut arrêté, Aimé Césaire insulté.
Après le meeting d’accueil, dans la nuit du 12 au 13 septembre, les CRS chargent à nouveau les auditeurs, pénétrant dans les maisons à Terre-Sainville, saccageant tout, brisant tout, frappant plusieurs personnes.

Le 24 octobre, Georges Gratiant, surnommé l’avocat des pauvres ou Papa Gratiant, reçut des 16 un accueil chaleureux, à son retour en Martinique. Louis Blézés, au nom des 16, exprima leur profonde gratitude lors du vin d’honneur à la Mairie de Fort-de-France. Le musicien Faissal Vaingduc composa une chanson.
Le préfet Trouillé n’avait pas mis à sa panoplie ces derniers exploits des forces de l’ordre. Il avait quitté la Martinique et été remplacé en août par Christian Laigret.

Je vous invite fortement à visionner le documentaire: les 16 de Basse-Pointe de Camille Mauduech:

Source:
-L’histoire de la Martinique de 1939 à 1971 Tome 3 du Pr Armand Nicolas.


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