chronique des sept misères

Chronique des sept misères, paroles de djobeurs

Patrick Chamoiseau
Roman caribéen
Parution en 1988

« Riches de leur seule brouette, mais aussi de leur verve et de leur tendresse, ils transportent les paniers de légumes, et les marchandes les payent selon leur cœur.

Parmi eux, le meilleur : Pierre Philomène Soleil, dit Pipi, amoureux sans retour de la belle métisse Anastase. Pour s’arracher à sa passion et à l’agonie des marchés, il part à la conquête du trésor d’Afoukal, puis crée un jardin luxuriant, qui sera détruit par de savants technocrates. Il meurt comme il aura vécu, dans la misère. Aux autres djobeurs de dire et de redire les souvenirs de leur vie, mi-pleurant mi-riant sur leur monde condamné, comme Pierre Philomène et ses rêves, à la disparition. »

Mon avis

Cette parole écrite retrace l’ascension de Pierre Philomène nommé Pipi, fils de dorlis et de la reine du macadam, Roi des maîtres-djobeurs, dans la Martinique avant la modernisation. A cette époque, le travail était abondant pour les djobeurs, ils étaient les mains indispensables au bon fonctionnement du marché.
Ils pouvaient déguster paisiblement un ti-punch chez Chinotte, une colombienne qui détient le secret pour retourner flap l’esprit du grand quimboiseur. Ou écouter sous le soleil mordant les voyages de Elmire, la grande pacotilleuse qui vends des objets peu ordinaires.

Mais la départementalisation de l’île entraîna l’arrivée des nouveautés du continent et provoqua la lente mise à mort des petits métiers dont fourmille le marché. Ce triste changement s’accompagna dune passion amoureuse malheureuse qui fera succomber Pipi dans la quête d’une jarre d’or aux pouvoirs de l’esclave-zombi Afoukal.
Et d’un amour diabolique avec Man Zabyme, notre plus redoutable diablesse qui te grille le cœur « du charme d’amour avant de te le manger réellement, beuglant de plaisir au-dessus de ta poitrine ouverte ».

Patrick Chamoiseau retrace l’histoire des djobeurs de Martinique. Disparus aujourd’hui, ces hommes prêtaient leurs bras, leur connaissance de la ville et leur agilité aux marchandes du marché de Fort de France. Espace de l’agora où la prise de la parole est régulière, où les paroles se croisent et s’entrecroisent.

Ce qui est remarquable dans cet œuvre, c’est que malgré la thématique triste, il s’agit de l’évocation nostalgique d’un monde présenté comme merveilleux de couleurs, d’odeurs et de sentiments (pour ne pas parler des créatures surnaturelles de notre fabuleux folklore, qui surgissent aussi dans des textes associés au réalisme magique latino-américain), désormais disparu car effacé, enterré par le « réel » du progrès – le discours du récit demeure vivace et vibrant de solidarité chaleureuse.

J’ai adoré cet oeuvre, il devient l’une des plus belles œuvres que j’ai pu lire.

Extrait des Paroles d’Afoukal, l’esclave-zombi

« Il y avait trois noms. Celui du Grand Pays, celui du bateau et celui des champs. Celui là disait ta mort définitive: tu mourais avec et le laissais à tes enfants déjà oublieux de toi. Alors pour nous les noms n’avaient plus d’importance. Quand le maître te nommait Jupiter, nous t’appelions Torticolis ou Gros-Bonda. Quand le maître disait Télémaque, Soleil ou mercure, nous disions Sirop, Afoukal, Pipi ou Tikili. Est ce que cela s’est perdu?


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