La Toussaint aux Antilles

La Toussaint aux Antilles

Les Nègres marrons entouraient les tombes de leurs amis d’infortune, avec de simples conques de lambis. Aux temps de l’esclavage, toutes les cérémonies qui entouraient le mort étaient un témoignage de sa réalité humaine. Le culte des morts a gardé une grande importance chez les Créoles, qui viennent nombreux dans les cimetières à la Toussaint.

Chaque année, dans la nuit de la Toussaint, les Antillais envahissent les cimetières. pour honorer leurs morts, ils allument sur les tombes de nombreuses bougies. Ils se recueillent en silence, pendant de longues heures. Les âmes des morts ont besoin d’être réchauffées pendant leur cheminement sous l’eau jusqu’au séjour des esprits en Guinée. Un peu de rhum leur est jeté au sol pour les animer et la nourriture laissée sur les tombes les nourrit.

On dit que la population va “éclairer” ses morts. Dans les communes du bord de mer, les tombes des pêcheurs étaient bordées de coquilles de lambis (conques marines), notamment aux Saintes. Comme nous l’avons déjà dit, il n’y a pas de rupture entre les vivants et les morts. Ceux-ci sont honorés, leurs tombes régulièrement visitées et bien entretenues. Dans les années 1960 et jusqu’à maintenant certains visitent les cimetières en pleine nuit, pour fouiller et déterrer les morts, afin de s’adonner aux pratiques occultes.

Mes souvenirs d’enfance

À la Toussaint,  j’avais pour habitude d’aller au cimetière de Saint-Pierre avec ma famille côté paternelle. Mes cousins, ma sœur et moi, nous nous amusions à poser des bougies sur les tombes de la famille. Et parcourir le cimetière afin d’illuminer les tombes abandonnés. On pouvait même faire des batailles de caca bougie avec les autres enfants.

Je voyais certaines personnes verser à terre quelques gouttes de rhum et poser des offrandes. Et pourtant nous étions en majorité chrétiens, mais qui pratiquaient des reliquats du Vaudou ou autres pratiques ancestrales. Mais si vous le soulignez, ces mêmes personnes vous diront tchip ( en tout cas à mon époque).

Puis nous mangions les bons accras de légumes de Tante Maryse (exceptionnellement pas viande) en écoutant les paroles des vieilles personnes.

Sincèrement c’était l’un de mes moments préférés de l’année avec ma famille paternelle dans la maison familiale de Saint-Pierre. Et vous, comment se déroulait votre Toussaint ?

Le Vaudou

Chaque « la-cour »- groupe de huttes occupés par une famille étendue possède son cimetière où sont enterrés tous les membres de la parenté, ce terme étant pris au sens le plus large puisqu’il inclut les alliés, les concubines et parfois même les amis intimes. Ces cimetières sont dominés par de grandes croix, représentant Baron-Samedi.

Vévé Baron Samedi

Les paysans tiennent beaucoup à reposer auprès des membres de leur famille, c’est pourquoi ils font de gros sacrifices pour ramener les cadavres de ceux mort au loin. Le terrain occupé par le cimetière familial est bien indivis et ne peut être aliéné. Quand une famille est obligée de vendre ses terres, le contrat stipule qu’elle conserve le cimetière ainsi que le droit d’y enterrer ses morts.

Edifier un beau caveau pour un parent est un devoir impérieux, sous peine d’un châtiment surnaturel. C’est faire acte de piété envers les morts et s’attirer leur bienveillance que de blanchir leurs tombes lorsque les intempéries les ont délavées et d’arracher les mauvaises herbes qui les envahissent. Ce devoir incombe à toute la parenté, mais chaque branche de la famille s’occupe de ses morts.

L’âme après le mort

L’homme est doté de deux âmes Ti-bon-ange et Gros-bon-ange. Ti-bon-ange quitterait la terre qu’au neuvième jour après le décès. C’est lui qui se présenterait devant Dieu et lui rendrait compte des pêchés de celui ou de celle dont il avait la garde. Quant au Gros-bon-ange, il s’éloigne à regret des lieux qu’il a fréquentés et s’attarde dans la maison mortuaire.

Près des cimetières et des endroits solitaires, on s’expose à rencontrer des zombi, ce sont des âmes errantes de ceux qui, ayant péri à la suite d’accident, sont condamnés à rester sur terre le temps que Dieu leur avait assigné à vivre. Les croyances catholiques sur la vie future ne préoccupent guère les vaudouistes, même s’ils font profession de catholicisme actif.
En revanche, ils se soucient fort du séjour que la mort (selon certains le Bon ange) fait au fond d’une rivière ou d’un lac.

C’est le sort de tous ceux qui ont pratiqué le vaudou de disparaitre au moins un an et un jour dans un cours d’eau. Au bout de quelques années, ils éprouvent le besoin d’en sortir. Ils avertissent leurs parents en songe que le moment est venu de les retirer de l’eau. Leur nostalgie de la terre est telle que si le parent auquel ils s’adressent n’écoute pas leur requête, ils lui envoient une grave maladie dont il ne guérira qu’en célébrant la cérémonie demandée.

Le wété mo na dlo (ôter les morts dans l’eau) étant une opération rituelle longue et coûteuse, plusieurs familles s’entendent avec un hougan ou une mambo pour qu’il accomplisse une cérémonie collective au profit des défunts dont on lui fournit la liste. Il ne s’agit pas seulement de repêcher les âmes flottant dans l’eau, mais de les transférer dans un sanctuaire où elles se transformeront en loa protecteur.

Offrandes au morts

Les offrandes offertes aux morts, à l’occasion de cérémonies religieuses dites « manger-morts », consistent en aliments qui doivent être cuits sans sel et préparés uniquement par des hommes. En prêtant leur service aux morts d’une famille étrangère, les cuisiniers risquent de provoquer la jalousie de leurs propres morts, c’est pourquoi ils réclament un salaire qui leur permettra d’apaiser par des sacrifices la colère de ceux-ci.

Lorsqu’on sert un repas aux morts, la table couverte d’aliments est dressée à l’intérieur d’une pièce que l’on ferme pendant quelques heures, afin de leur donner le loisir de se régaler. Après des prières et des appels adressés aux ancêtres et aux morts inconnus qui ont péri par le fer, le feu ou l’eau, le père savane ou chef de la famille frappe trois coups à la porte et pénètre dans la chambre.
Il en retire une calebasse pleine d’aliment variés qu’il donne aux enfants. Une autre calebasse est déposée à un carrefour pour Legba. Les morts ayant reçu leur part, les vivants se mettent à table et banquètent joyeusement. Le manger mort se termine par des danses, notamment par le banda, exécuté en l’honneur des Guédé.

Afin d’approfondir le culte du Vaudou, vous pouvez lire le vaudou en Afrique et le vaudou haïtien: présentation.

Conclusion

L’eau mais surtout les cours d’eau ont une grande place dans notre culture ancestrale et bien évidemment dans nos îles. Mais je n’arrivais pas vraiment à comprendre pourquoi la rivière était un flux d’énergie(dans la sphère antillaise). Et c’est en reconnectant avec le vaudou que « je compris le lien enfin je l’espère » (toujours en apprentissage).

Dans le vaudou, nous avons deux âmes Ti-bon-ange qui va rendre des comptes au Créateur et Gros-bon-ange qui va se réfugier dans un cours d’eau avant de se reposer dans un cimetière. Dans les pratiques occultes des Antilles françaises, il est courant de faire nos ablutions dans une rivière: pour se purifier, attirer la chance pour remporter les élections (zot ja sav, je dénonce personne), etc…Est ce notre manière de capter l’énergie et la bienveillance des âmes de nos ancêtres qui font leurs pèlerinages dans l’eau?

Le débat est ouvert ! Et franchement, il est temps que les vrais quimboiseurs des îles fassent un documentaire en nous expliquant les bases, tonnè!

Sources
Mes souvenirs
Le vaudou haïtien d’Alfred Métraux


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Un commentaire pour “La Toussaint aux Antilles”

  1. Merci pour ce bel article!!
    Je n’at pas été élevée dans le catholicisme, et cet article met bien en valeur les parallèles entre celui-ci et le vodou, dans la façon de célébrer les morts !

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