Notre résistance

Nos superstitions comme vous dites sont notre résistance à l’acculturation!


Toute culture contient, d’une manière ou d’une autre, une vision du monde. L’homme a besoin de pouvoir se représenter d’où l’univers vient, où il va et comment il fonctionne, car cela conditionne dans une large mesure l’image qu’il se fait de lui-même et de son destin.

Nos aïeuls avaient une vision particulière de l’Univers et très différente des religions dite révélées. Ils vivaient en harmonie avec la Nature, mais surtout l’a personnifiait à travers des divinités et des cultes. De plus, les anciens regardaient vers le passé pour aller de l’avant. Ils se fiaient non pas à ce qu’ils voyaient mais à ce que leurs pères avaient vu. Ils estimaient que tout ce que qu’il fallait savoir de l’Univers avait été découvert depuis longtemps. À leurs yeux c’était l’arrogance suprême de prétendre que tous ceux qui avaient vécu auparavant avaient été légers ou négligents.

Et ce mode de pensée et de vie étaient contradictoires avec la Bible et le Coran. Selon les colonisateurs arabo-musulmans et européens, nos ancêtres étaient des féticheurs et adorateurs des cultes païens. En effet, tout ce qui était différent des saintes écritures était considéré comme l’oeuvre du diable ou d’esprits inférieurs. Alors que les religions révélées ont largement puisé et siphonné la culture et la cosmogénèse égyptienne qui était une civilisation nègre avant la conquête grecque.

Ainsi débuta, une féroce campagne de dénigration et de conversion forcée à coups de fouet et de castration car il fallait absolument exterminer ces cultes diaboliques ainsi que ces pratiquants. Ou mieux, il fallait taire et leurs faire oublier que le nègre était à l’origine, leurs enseignants. C’est ainsi que petit à petit, nos aïeuls oublièrent qui ils étaient et s’identifièrent à une culture étrangère et méprisante à leur égard.

Mais malgré cette pression quotidienne et omniprésente, malgré la traversée de l’Océan, malgré la dislocation des tribus, des familles, des empires, malgré la méprise, l’odeur nauséabonde de la canne, les sévices journaliers, les viols quotidiens, la fatigue et la famine qui leurs rongeaient le plus profond de leurs êtres, malgré toute cette souffrance ils ont résisté en perpétuant tant bien que mal leurs traditions.

Dans les sociétés africaines, la religion est si intimement liée à la vie quotidienne qu’on ne saurait s’étonner de la persistance dans le Nouveau Monde malgré les facteurs qui auraient dû entraîner sa rapide disparition. Le culte des esprits et des dieux, ainsi que la magie, furent pour l’esclave à la fois un refuge et une forme de résistance à l’oppression.

Son attachement aux dieux peut se mesurer à l’énergie dépensée pour les honorer, en dépit des terribles châtiments qui frappaient ceux qui participaient à des cérémonies païennes où les côlons ne voyaient que sorcellerie.
Le régime de l’esclavage aurait pu les démoraliser complètement et développer en eux cette morne indifférence qui est le résultat de la servitude. Le simple épuisement physique aurait dû les empêcher de danser et de chanter comme l’exige le rituel vaudou. En plus des nombreux sévices auxquels ils étaient exposés, les esclaves étaient exploités, même par les bons maîtres soit disant, jusqu’à la limite des forces humaines.

Leurs deux heures de loisir quotient et encore si elle avait de la chance, ainsi que les jours de fêtes et les dimanches, étaient consacrés aux cultures vivrières destinées à leur alimentation. Ces témoignages sont confirmés par beaucoup de voyageurs de l’époque. Le surmenage était tel que l’espérance de vie d’un Africain vendu sur une plantation de Saint-Domingue était estimée à dix ans au plus.

On ne peut d’admirer la ferveur de ces esclaves sacrifiant repos et sommeil pour reconstituer, dans les conditions les plus précaires et sous l’œil hostile des blancs, les cultes de leurs tribus.
Que d’énergie et de courage leur aura-t-il fallu pour que se transmettent à travers des générations d’esclaves les rites et les chants réclamés par chaque dieu !

Le vaudou haïtien d’Alfred Métraux

En effet, il en fallut du courage et de la volonté pour inculquer la multitude de rites et de chants. C’est ainsi que le vaudou en Haïti a pu résister au christianisme, bien qu’il y ait intégré certains aspects tout comme la Santéria à Cuba. Dans un premier temps, les Yorubas passèrent pour de bons chrétiens, parfois même un peu trop zélés.

Mais, il ne s’agissait, bien sûr, que de façade. Quand les prêtres et les maîtres les voyaient vénérer, par exemple, sainte Barbe, ils ignoraient qu’ils rendaient, en réalité, un culte à Shango. La ruse fonctionna tellement bien que les maîtres espagnols se mirent à utiliser le mot santeria pour désigner de façon péjorative l’adoration excessive que les esclaves portaient aux saints (santos) au détriment de Dieu.

La candomblé, religion afro-brésilienne pratiquée au Brésil, mais également dans les pays voisins, est un mélange de catholicisme, de rites indigènes et de croyances africaines. Cette religion consiste en un culte des orixás et est fondée sur la croyance en l’existence d’une âme propre à la nature.

Mais une bonne partie s’est mélangée avec le christianisme et bien plus tard avec l’hindouisme selon les régions, pour créer de nouveaux cultes comme par exemple, le quimbois dans les Antilles française dont l’origine était de soigner les esclaves grâce à la faune de manière assez atypique et de perpétuer les pratiques « magiques ancestrales ».
Le quimbois est devenu malheureusement synonyme de mauvais sort et de persécution magique. Il ne faut pas nier que certains pratiquants l’utilisent pour nuire l’autre, mais c’est valable dans tous les cultes de notre vaste monde. Étant donné que les cultes des noirs sont facilement associés à la sorcellerie noire et aux diableries, il est facile de tomber dans la critique et méfiance sans vraiment essayer de comprendre.

Le rastafarisme à la Jamaïque est un christianisme nègre, une réinterprétation africaine des saintes écritures. Il se réfère à l’Ancien testament, et vénère Haïlé Sélassié comme le messie pour délivrer le peuple noir. Bien que les notions bibliques soient bien implantées dans le culte, nous pouvons qu’admirer le détournement pour qu’il soit « conforme » à leurs origines nègres. Et personnellement, c’est une forme de résistance.

Cette résistance permit l’émergence de nombreux courants musicaux : le reggae, le bélè, le jazz, le hip hop, le rap, le blues, le gwo ka, le zouk, etc qui jusqu’à maintenant est une grande base des musiques occidentales.

C’est pour cette raison que nous devons renouer avec nos cultes ancestraux. Essayer de les comprendre, mais surtout de les respecter quelque soit notre religion ou spiritualité.
Critiquer et toujours les diaboliser en tant que descendants d’africains mis en esclavage est personnellement une insulte à leurs mémoires. En effet, c’est « presque croire » que le colon a eu raison de les forcer à adhérer au christianisme ou à l’islam. Ou se conforter dans l’illusion que si il y avait pas eu l’esclavage, de toute façon le Christ ou la parole de Mahomet aurait vaincu les cœurs récalcitrants.

Peut être que oui ou peut être que non, personne ne peut le savoir. Ne tombons pas dans les différentes alternatives de l’Histoire pour nous détourner de cet affreux constat. Regardons plutôt l’Histoire dans toute sa globalité et surtout selon la version de nos ancêtres.
C’est pour cette raison que je continuerai à apprendre et découvrir les différents cultes de l’Afrique qui ont façonnés les croyances en terre créole.

Je respecterai les superstitions de mon île, en sachant qu’il ne faut pas être crédule à tout et n’importe quoi. Néanmoins, nous vivons dans un monde où l’invisible est tapis, caché et qui peut interférer dans le monde des vivants.
De ce fait, personne ne doit critiquer celui qui mettra du sel sous son paillasson. Celui qui fera son bain démarré à la nouvelle année. Celui qui ira faire des magouilles dans un carrefour pour la prospérité, la guérison ou autre, du moment que ce n’est pas pour faire du mal à autrui. Celui qui a la science de guérir des maladies avec des prières et des herbes. Celui qui met des ciseaux ouvert devant sa porte, ou évite de vous donner la main à travers une fenêtre, etc.

Les exemples sont infinis, mais après tout n’est ce pas des reliquats de nos cultes ancestraux? Aussi atypique qu’il soit étant donné que nous avons grandis dans la vision occidentale. Apprenons à regarder notre monde autrement et en respectant les croyances de nos aïeuls afin de les préserver de la domination occidentale.

Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever la mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Puis quelqu’un d’autre leur écrit d’autres livres, leur donne une autre culture, leur inventer une autre histoire.

Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu’il est et ce qu’il était. Et le monde autour de lui l’oublie encore plus vite.

Milan Hübl

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