An nou sové kannaval-la

An nou sové kannaval-la

Gilbert était terrassé par la nouvelle du Préfet. Ce blanc de France à peine débarqué et qui ne connaissait rien à nos coutumes avait osé annuler le carnaval de 2021. Adieu les prétextes pour emprunter les hauts talons de sa femme. Adieu la vagabonnagerie avec les nègresse gwo siwo et les diablesses du Mardi gras.
Décidément, la malchance s’abattait sur notre pauvre Gilbert, tout comme la plupart des martiniquais.
Le Carnaval était tellement sa période préférée, qu’il avait même négocié dans son contrat de travail de toujours avoir sa semaine de vacance pendant les festivités. Il avait même déjà commencé à peindre sa bradjack en dessinant ce foutu covid-19 qui avait troublé ses chanté nwèl.

En effet, cet isalop de virus l’avait empêché de chanter allègrement ses cantiques et ritournelles de Noël avec ses compères. Au lieu de manger en famille le festin de mamie Josette du 25 décembre, il avait avalé avec rage le vieux repas que sa femme lui avait cuisiné. Tchip, heureusement notre Gilbert n’en voulait pas à sa femme car lui-même était un piètre cuisinier.
Mais tout même, comment pouvait on brûler un jambon de Noël ? Tonnè ! Dite-moi comment, mes curieux ? Le jambon de Noël était la seule chose que notre Gilbert sacralisait.

Cette année 2020 fut trop brutal pour lui. Il ne pouvait pas rendre visite à ses grands-parents, ni même coquer ses maîtresses à cause des restrictions. C’est donc avec tristesse qu’il regardait an ba fey les nudes que lui envoyaient les Claudia et les Jessica aux cheveux fluos.
Mon dieu, il commençait déjà à oublier le goût de la koukoun de Géraldine, la mère de l’amie de sa fille ou les lèvres pulpeuses de Joséphine, la fille de son collègue. Perdre ce genre de saveurs lui était insupportable, mais les amendes té ka pliché’y. 135 euros an bonda manman’y, awa mé zanmi, mové tan !

Notre Gilbert comptait sur notre international Chaben pour sauver le carnaval. Hélas, le brave homme dû céder face aux exigences du gouvernement qui ne comprenait rien aux îles. Covid de ki sa ? Tchip, les personnes qui n’avaient pas de lourdes pathologies n’avaient qu’à se soigner avec les herbes du razié. An tchou an vaccin alors que le médicament était dans le jardin.
Ti brin Atoumo, gimgembre, chadon péyi, virapic épi rhum tout koulè, akrètonnè ! Au pire ton gadé-zafè pouvait te soigner. La preuve il avait fait disparaître flap, une cochonnerie que Sarah avait refilé à notre Gilbert.

C’est donc assis sur sa véranda que Gilbert songeait à tous les bordels des précédents carnavals, et soudainement une idée émergea dans sa grosse calebasse. Il courut attraper son portable pour appeler la grande radio de l’île. Après quelque instant d’attente et de jurons, il put enfin passer en direct à la radio pour faire sa grande annonce :

Mes chers compatriotes, la situation est grave ! Le covid-19 ou la covid-19 ka fè moun chié ! Nous ne pouvons plus continuer ainsi ! Qui n’a pas envie d’aller retrouver son plan coker du vendredi soir ! Qui n’a pas envie de faire shatta sur le bateau de la personne et sans même payer ! Qui meurt de ne plus manger les bons repas de mamie ? Qui a envie de retrouver un peu de sa vie d’avant ?
Je sais que ce virus est mortel pour une partie de la population et qu’il faut les protéger. Mais mes compères, sachez que la solution se trouve dans nos bois. Gadé bien pou wè ! Mandé mami’w i ké di’w li ! Les plantes médicinales de nos jardin créole sont la solution à notre fouteur de merde.

J’invite tout le monde d’aller voir leur quimboiseur pour faire la plus grande sorcellerie que l’île n’est jamais connue. Je dirai même de toute la Caraïbes ! J’invite également les zindiens a faire tous les sacrifices nécessaires aux divinités. Mettons nos querelles de côté, unissons-nous pour enfumer toute l’île grâce aux infusions de plante et de sortilège pour nous protéger du virus afin de sauver notre carnaval. J’invite même les franc-maçons d’arrêter de faire leurs plans an ba fey et de se joindre à nous. L’heure est grave, il faut sauver notre patrimoine.

Satisfait par ses paroles, Gilbert raccrocha sans même attendre l’avis du présentateur. Et pendant qu’il sirotait son ti punch, les gens commençaient déjà à relayer l’information dans toute l’île via radio bois patate. Les martiniquais étaient aussi révoltés par l’annulation du carnaval et la fermeture des petits commerces qui étaient déjà en grandes difficultés. Le gouvernement n’avait qu’à gérer son bordel en Hexagone et laisser les antillais gérer à leurs manières la covid-19 an bonda manman’y !

Sans plus attendre, tout le monde alla consulter son quimboiseur ou Mariemmin. D’autre allèrent solliciter le curé afin que les prières du BonDieu et celle des esprits bon ou mauvais s’uniraient pour combattre férocement cette épidémie. Les martiniquais commencèrent à embaumer leurs maisons, les rues, les plages, le CHUM, les bois, toute les parcelles de l’île afin d’étouffer ce foutu virus. Au bout de deux semaines, les admissions au CHUM chutèrent drastiquement. Et trois semaines plus tard, plus aucune contamination n’a été relevé par les autorités sanitaires.

Notre Chaben international décréta que le carnaval 2021 pouvait être célébré à condition de porter un masque. Même que le préfet ne pouvait rien faire face à la sorcellerie des nègres, il ne pouvait qu’accepter la situation.
Mais sachez mé zanmi, nou pa té couyon, hanhan ! Nous savions que les médias européens allaient méchamment nous critiquer : Ha ces pauvres nègres, ils ne respectent plus les directives de notre bienveillante République, Tchip ! Bienveillante de ki sa ? Zot ka oublié chlordékone-lan an patate manman zot.

Bref, afin de soigner notre image internationale, les martiniquais se concertèrent pour organiser un petit carnaval sur le boulevard du Général de Gaulle en respectant soigneusement les gestes barrières. Ce modeste carnaval était animé par les enfants et les vieilles personnes.
Et pendant que les caméras étaient focalisées sur les parades de Fort de France, l’autre partie de la population faisait la bamboche avec toute la vagabonnagerie qu’elle devait déverser dans les rues de Saint-Anne. Assurément notre Gilbert en pleura de joie. Et ce fut à sa mort qu’une imposante statue le représentait et trônait fièrement à Saint-Anne. Si vous preniez le temps de lire la stèle en marbre, vous liriez :

« Né en 1985 et tué par le quimboi d’une de ses maîtresses, Gilbert Zabulon fut le grand sauveur du carnaval 2021, grâce à son intervention il put sauver notre patrimoine et remonter la natalité de l’île. Paix à son âme ».

Valérie RODNEY


Vous aimerez aussi

le soukougnan du vert-pré

Le soukougnan du Vert-pré

FOND ZOMBI

Fond Zombi

crane

Les 90 pouvoirs des morts

cocotier

Man pa ni an pié lajan ka soukwè

mythe de sésé

Le mythe de Sésé : L’origine de la guerre entre les Arawaks et les Caraïbes

zouk enflammé

Le zouk enflammé


Laissez un commentaire



Mon Instagram