An nou sové

An nou sové kannaval-la


Gilbert était terrassé par la nouvelle du préfet. Celui-ci qui malgré ses quelques mots en créole avait osé annuler le carnaval de 2022. Adieu les prétextes pour emprunter les hauts talons de sa femme. Adieu la vakabonajeri avec les nègresses gwo siwo et les diablesses du Mardi gras. Décidément, la malchance s’abattait sur notre pauvre Gilbert, tout comme la plupart des martiniquais.

Le Carnaval était tellement sa période préférée, qu’il avait même négocié dans son contrat de travail de toujours avoir sa semaine de vacance pendant les festivités. Il avait même déjà commencé à peindre sa bradjack en caricaturant le préfet avec ses cinq ananas de distance et en insultant au passage le couvre-feu éternel de l’île de la Martinique.

En effet, cet isalop de virus l’avait empêché de chanter allègrement ses cantiques et ritournelles de Noël avec ses compères. Au lieu de manger en famille le festin de mamie Josette du 25 décembre, il avait avalé avec rage le vieux repas que sa femme lui avait cuisiné.

Tjip heureusement, notre Gilbert n’en voulait pas à sa femme car lui-même était un piètre cuisinier. Mais tout même, comment pouvait on brûler un jambon de Noël ? Tonnè ! Dite-moi comment, mes makrel ? Le jambon de Noël était la seule chose que notre Gilbert sacralisait.

Cette année 2022 fut trop brutale pour lui avec cette histoire de variant. Il ne pouvait pas rendre visite à ses grands-parents, ni même koké ses maîtresses à cause des restrictions. C’est donc avec tristesse qu’il regardait anba fey les nudes que lui envoyaient les Claudia et les Jessica aux cheveux fluos.

Mon dieu, il commençait déjà à oublier le goût de la koukoun de Géraldine, la mère de l’amie de sa fille ou les lèvres pulpeuses de Joséphine, la fille de son collègue. Perdre ce genre de saveurs lui était insupportable, mais les amendes té ka pliché’y. 135 euros an bonda manman’y, awa mé zanmi, mové tan !

Notre Gilbert comptait sur notre international Chaben ou Letchichi pour sauver le carnaval. Hélas, ils durent céder face aux exigences du gouvernement qui ne comprenait rien aux îles. Covid de ki sa ? Tjip, les personnes qui n’avaient pas de lourdes pathologies n’avaient qu’à se soigner avec les herbes du razié. An tjou an vaccin, un , deux , trois, quatre doses, alors que le médicament était dans le jardin.

Ti brin Atoumo, gimgembre, chadon péyi, virapic épi rhum tout koulè, akrètonnè ! Au pire ton gadé-zafè pouvait te soigner. La preuve il avait fait disparaître flap, une cochonnerie que Sarah avait refilé à notre Gilbert.

C’est donc assis sur sa véranda que Gilbert en songeait à tous les bordels des précédents carnavals, et soudainement une idée émergea dans sa grosse calebasse. Il courut attraper son portable pour appeler la grande radio de l’île. Après quelque instant d’attente et de jurons, il put enfin passer en direct à la radio pour faire sa grande annonce :

Mes chers compatriotes, la situation est grave ! Le covid-19 ou la covid-19 ka fè moun chié ! Nous ne pouvons plus continuer ainsi ! Qui n’a pas envie d’aller retrouver son plan koké du vendredi soir ! Qui n’a pas envie de faire shatta sur le bateau de la personne et sans même payer ! Qui meurt de ne plus manger les bons repas de mamie ? Qui a envie de retrouver un peu de sa vie d’avant ?

Je sais que ce virus est mortel pour une partie de la population et qu’il faut les protéger. Mais mes compères, sachez que la solution se trouve dans nos bois. Gadé bien pou wè ! Mandé mami’w i ké diw li ! Les plantes médicinales de nos jardin créole sont la solution à notre fouteur de merde.

J’invite tout le monde d’aller voir leur quimboiseur pour faire la plus grande sorcellerie que l’île n’est jamais connue. Je dirai même de toute la Caraïbes ! J’invite également les zendien à faire tous les sacrifices nécessaires aux divinités. Mettons nos querelles de côté, unissons-nous pour enfumer toute l’île grâce aux infusions de plante et de sortilège pour nous protéger du virus afin de sauver notre carnaval. J’invite même les francs-maçons d’arrêter de faire leurs plans anba fey et de se joindre à nous. L’heure est grave, il faut sauver notre patrimoine.

Satisfait par ses paroles, Gilbert raccrocha sans même attendre l’avis du présentateur. Et pendant qu’il sirotait son ti punch, les gens commençaient déjà à relayer l’information dans toute l’île via radio bois patate. Les martiniquais étaient aussi révoltés par l’annulation du carnaval et la fermeture des petits commerces qui étaient déjà en grandes difficultés. Le gouvernement n’avait qu’à gérer son bordel en hexagone et laissez les antillais gérer à leurs manières la covid-19 an bonda manman’y !

Sans plus attendre, tout le monde alla consulter son quimboiseur ou Mariemmin. D’autre allèrent solliciter le curé afin que les prières du BonDieu et celle des esprits bon ou mauvais s’uniraient pour combattre férocement cette épidémie. Les martiniquais commencèrent à embaumer leurs maisons, les rues, les plages, le CHUM, les bois, toute les parcelles de l’île afin d’étouffer ce foutu virus.

Au bout de deux semaines, les admissions au CHUM chutèrent drastiquement. Et trois semaines plus tard, plus aucune contamination n’a été relevé par les autorités sanitaires.

Sous l’insistance des politiciens locaux dont la disparition était tombé sur eux, le préfet décréta en créole trop français que le carnaval 2022 pouvait être célébré à condition de porter un masque. Isalé, il ne pouvait rien faire face à la sorcellerie des nègres. Mais sachez mé zanmi, nou pa té kouyon, hanhan !

Nous savions que les médias européens allaient méchamment nous critiquer : Ha ces pauvres nègres, ils ne respectent plus les directives de notre bienveillante République, Tjip ! Bienveillante de ki sa ? Pa oublié chlordékone-lan !

Bref, afin de soigner notre image internationale, les martiniquais se concertèrent pour organiser un petit carnaval sur le boulevard du Général de Gaulle en respectant soigneusement les gestes barrières. Ce modeste carnaval était animé par les enfants et les vieilles personnes. Et pendant que les caméras étaient focalisées sur les parades de Fort de France, l’autre partie de la population faisait la bamboche avec toute la vagabonnagerie qu’elle devait déverser dans les rues de Saint-Anne.

Assurément et pas peut être que notre Gilbert en pleura de joie. Et ce fut à sa mort qu’une imposante statue le représentait et trônait fièrement à Saint-Anne. Si vous preniez le temps de lire la stèle en marbre, vous liriez :

« Né en 1985 et tué par le mari d’une de ses maîtresses, Gilbert Richard Zabulon fut le grand sauveur du carnaval 2022, grâce à son intervention il put sauver notre patrimoine et remonter la natalité de l’île. Paix à son âme ».

Valérie RODNEY

J’ai écrit ce conte en 2020, nous sommes en 2022 et rien n’a changé. Heureusement il existe notre art ancestral des contes pour critiquer la politique sanitaire aux Antilles.


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Ni lambi ni colibri !

Le createur de ce montage est un génie 🤣

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@pindjoko est une marque d'agenda dont la particularité est de valoriser notre riche langue créole. Il propose un large choix d'agenda en créole martiniquais, guadeloupéen, guyanais, haïtien et réunionnais.

À travers son livre de recette, @aliciamakanja nous propose une alimentation vegan tout en respectant les particularités de notre alimentation caribéenne. N'etant pas vegan, j'ai particulièrement aimé cuisiner le burger avec son steack d'haricot rouge. La sauce pour les frites m'a regalé également. Un petit livre ludique qui permettra surtout au carnivore comme moi, de molir sur sa consommation de viande.

Resultat le dimanche 15 janvier. Bonne chance

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Que pouvons nous faire suite au non lieu du chlordecone ?
Comment combattre quotidiennement le lobby béké qui étouffe notre économie ?

Pour commencer il faut que notre argent circule entre nous. Oui je sais, cela n'est pas facile surtout qu'ils sont partout et dans tous les secteurs. Et que le coût de l'artisanat local est élevé. Mais mettons de temps en temps notre mauvaise foi de côté afin de mieux avancer.

Par exemple, pourquoi voulons nous forcer en achetant nos fruits, légumes, et poissons au supermarché ?

Nous pouvons très bien consommer mais en conscience. Petit à petit mais sûrement. De plus, le meilleur moyen de nous rendre compte de la valeur de notre terre afin de nous émanciper est de reconquerir notre alimentation. Et pour cela, il faut planter ce que nous mangeons.

Oublions cette histoire de pelouse ou encore de palmier immangeable...Si tu as de la terre, plante ton manjé comme nos aïeux. Même si tu n'aimes pas jardiner, plante au moins tes herbes aromatiques, ton petit oignon peyi, ton petit pot de gwo ten ou encore de persil.

Sonjé, planté sé rézisté ! Et à la longue vaincre...

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