Le Gadézafè

Le gadé zafè, un thérapeute mal reconnu ?


L’épanouissement du christianisme dans les Antilles françaises et l’ère de la mondialisation n’empêchent pas la foi en des thérapeutes d’un temps révolu : le « gadé zafè» (l’équivalent du gadò guyanais, du devineur réunionnais ou du traiteur mauricien), appelé également « séancier », voyant-guérisseur ou encore «quimboiseur», continue toujours d’occuper une place non négligeable sans condamnation ou interdiction de la part des religieux.

Le gadé zafè représente la conjecture entre la psychiatrie, la sorcellerie (bonne ou mauvaise) et la médecine traditionnelle. Il est consulté pour des soins, des conseils mais aussi pour la divination. Ce thérapeute atypique est notamment très sollicité lors des élections locales.

Un de ses domaines de prédilection est la fabrication de gad-kò, une pochette en tissu à l’intérieur de laquelle sont placées des médailles, des prières, plantes, fèves, etc que l’on porte sur soi. En rège général, la pochette est suspendu au cou par une corde de mahot, car cette plante écarte les maladies. Celui qui tente de l’ouvrir risque des ennuis car c’est une sorte d’amulette protectrice.

Ainsi ,de nos jours, le port de talismans ou d’amulettes (qu’ils soient préparés par des prêtres ou par un quimboiseur) font encore partis du quotidien de nombreux antillais qui y accordent une croyance inébranlable.

Quimboiseur vs Guérisseur

Certaines personnes distinguaent les pratiques du quimboiseur, de celles des guérisseurs. Cet aspect influence grandement la vision que portent les gens sur la moralité de ces thérapeutes. En effet, le guérisseur est celui qui va guérir, qui va aider les gens à sortir de leur mauvais état. Tandis que le quimboiseur est celui qui a envoyé la personne dans ce mauvais état. Le guérisseur est le contraire du quimboiseur. Le guérisseur va sortir la personne de son problème.

Pour ma part, je dirai que le quimboiseur peut faire le bien ou le mal selon sa moral et son client. Bien que d’autres se spécialisent dans certaine vakabonajeri. Néanmoins, il ne faut surtout pas oublier la diabolisation moralisatrice de ces pratiques lors de la traite négrière. D’où le raccourci emprunté par de nombreux antillais : quimboiseur = sorcellerie diabolique.

Cette différence s’inscrit alors directement dans la moralité des actions faites par les deux types de thérapeutes, l’un faisant le bien (guérisseur), ayant des pratiques «moralement» acceptables, tandis que l’autre fait le mal {quimboiseur). Le quimboiseur peut utiliser le tjenbwa pour nuire à autrui. Mais il serai réducteur de cantonner la pratique du tjenbwa à la sorcellerie et aux mauvais esprits, tout comme le vaudou son ancêtre.

Le terme quimbois pourrait provenir selon la carte africaine, plutôt que du “tiens bois” de la carte coloniale, de quimbanda en langue quimbundu, une des langues principales d’Angola qui a laissé des traces à travers les Amériques.

Selon l’Enciclopédia brasileira da diáspora africana du chercheur et compositeur de samba Nei Lopes, le quimbanda est un “chef religieux,” un “spécialiste rituel qui manipule les forces vitales, et restitue l’équilibre de l’individu et de la société.”

Le quimbanda se distingue du muloji, “les pratiques duquel s’orientent vers des maléfices.” Au Brésil le quimbanda désigne “une ligne rituelle de pratiques… d’objectifs considérés comme maléfiques.” Il est intéressant de réfléchir sur pourquoi un rôle qui était positif en Afrique serait devenu négatif dans la diaspora.

Comme dans le contexte esclavagiste le savoir européen et la religion chrétienne étaient imposés comme détentrices de vérités absolues, et le savoir et les pratiques africaines étaient diabolisés, ce n’est que logique que la réputation de tels spécialités africaines et le rôle culturel qu’il jouaient seraient passé du bénéfique au maléfique.

Le tjenbwa englobe également la médecine traditionnelle à base de plante qui peut s’accompagner de prière, neuvaine, pèlerinage, etc. Néanmoins pour justifier leur consultation par rapport à leur foi chrétienne, certains n’hésite pas à avancer que ces dons de guérison proviennent du Bondieu en personne.

Bien évidemment il faut être prudent face au charlatanisme de certains. Une des caractéristiques divisant les vrais guérisseurs des charlatans est la demande de sommes considérables faite par ces derniers, en échange des soins qu’ils peuvent apporter aux patients. Outre la question monétaire, les pratiques des charlatans sont souvent perçues comme étant inefficaces ou n’apportant qu’une guérison temporaire des problèmes de santé que peut avoir un individu.

Finalement, ces distinctions entre quimboiseur et guérisseur ne sont pas toujours faites clairement dans les discours des individus. Ainsi, lorsque vient le temps de donner des exemples sur des cas précis ou de parler de la pratique de ces thérapeutes, les gens ont tendance à utiliser l’un ou l’autre des deux concepts. Ils pourront alors employer le terme guérisseur pour évoquer la pratique associée généralement à un quimboiseur.

Cependant, lorsque des clarifications sur l’emploi de ces deux termes sont demandées, la majorité des personnes distingue de façon naturelle la pratique plus morale et naturelle du guérisseur, à la pratique inacceptable du quimboiseur.

Au demeurant, le guérisseur, quel qu’il soit, fait commerce avec les esprits bienveillants et/ou malveillants, d’où la complexité et l’ambivalence de son statut, du fait que le sorcier fait aussi figure de personne bienveillante aux yeux de la population lorsqu’il délivre les individus de l’emprise d’esprits persécuteurs. De la sorte, la sorcellerie et la magie cohabitent dans les sociétés créoles et témoignent d’une réalité duelle et invisible où interagissent « Dieu et ses saints », le monde des morts qui est en relation avec celui des vivants, d’autant plus que les liaisons s’établissent sur le mode des rêves, des flashs, des visions, sous la forme d’avertissements ou de conseils à transmettre aux intéressés.

Peut on envisager une décolonisation du tjenbwa ?

Quimboiseur vs catholicisme

Actuellement dans les Antilles, « le voyant guérisseur traditionnel » n’a plus le monopole de la résolution des malheurs dûs à la sorcellerie. De tout temps, temps mesuré à l’aube de l’histoire coloniale antillaise,
son concurrent direct était le piètre catholique. Ce dernier, qui officiait dans le cadre d’une forme locale du catholicisme, faisait preuve de compréhension à l’égard des demandes et des difficultés de ses fidèles.

Il donnait des bénédictions ou pratiquait des « exorcismes » d’une façon jugée trop laxiste par les actuels tenants de la nouvelle liturgie qui lui demandent de se montrer plus circonspect. En réalité – et sans parler des fois où volontairement le demandeur faisait (et fait encore) un usage détourné de ce que lui offrait le prêtre (bénédictions, sacrements) – il y avait un hiatus entre la portée symbolique des rites effectués par l’officiant et celle que les bénéficiaires lui attribuaient.

Les voyants guérisseurs, plus près des demandes et des espérances des solliciteurs que des vérités ecclésiastiques, intègrent à leurs pratiques des cléments qui peuvent mieux les satisfaire. Actuellement, des religions et des sectes proposent, entre autres choses, de résoudre des malheurs dûs à la sorcellerie. De ce fait, les voyants guérisseurs ajoutent à leurs pratiques des éléments issus de ces mouvements religieux. Leurs méthodes, bien acceptées des consultants, sinon ils disparaîtraient (les uns et les autres), ne peuvent se comprendre que si on saisit la part de paganisme qui marque le terrain sur lequel ils opèrent, même si au niveau formel l’empreinte du christianisme est forte.

Marc Auge relève le paradoxe que : «, […] toute religion est, en un sens,
syncrétique, mais que les pratiques dites syncrètiques le sont souvent fort peu ».

De fait, les quimboiseurs inscrivent leurs pratiques dans une logique du cumul et de l’addition. Ils n’opposent pas un principe de contradiction aux éléments magico -religieux qu’ils intègrent. Ce travail est davantage de l’ordre de la juxtaposition que de la synthèse et du syncrétisme.

En effet, ces spécialistes du magico-religieux inscrivent leur démarche dans une logique du cumul, sans opposer un principe de contradiction aux éléments d’origines disparates qu’ils intègrent. Bien qu’il n’existe pas de culte de possession afro-américain aux Antilles françaises, le voyant guérisseur, dit « quimboiseur » ou « gadedzafè » :, lors de séances privées est possédé par des entités qu’il appelle, c’est là une des expressions principales de son don et de sa compétence.

La possession

L’officiant peut commencer chaque consultation en récitant un « Notre Père » et un « Je vous salue Marie » et parfois un «je crois en Dieu ». Cette première séquence, importante et obligatoire, vise à garantir au consultant que le guérisseur travaille avec les saints, soit les forces du bien, et qu’il ne sera pas possédé et débordé par des entités maléfiques : Satan et les mauvais esprits.

L’implantation ancienne de la religion catholique sert de support à des croyances diverses et en alimente d’autres, comme ici la possibilité que ce soit un saint — sous-entendu de la religion catholique — ou la Vierge, dite aussi l’Immaculée Conception, le Christ ou le Sacré-Cœur, qui réponde à l’appel du quimboiseur, descende et le possède.

A ce monde des saints s’oppose celui de Satan et des diables qu’il faut tenir à distance. Il symbolise le mal dans l’acception morale de ce terme et il représente aussi l’univers de la souffrance et de l’infortune qui trouve son origine dans le désir et le travail du « malfaiteur », soit du sorcier.

Le saint qui possède le guérisseur est rarement identifiable par le consultant parce qu’il n’existe pas de connaissance commune, partagée, qui attribue des traits de caractère ou de comportement à un saint donné. Néanmoins, des quimboiseurs qui sont habitués à travailler avec certains saints, leurs « patrons », ont des expressions corporelles, surtout des intonations et des mimiques, qui diffèrent selon les entités qui les possèdent et ils peuvent expliquer ces variations à leurs clients.

L’essentiel pour le consultant est de savoir que c’est un saint qui voit les causes de son malheur et qui lui délivre les remèdes par la bouche du devin.

La transe est légère mais elle n’ôte rien au choc qu’induit la possession. Les guérisseurs expliquent que la violence de la descente du saint est si éprouvante pour l’organisme que passé un certain âge, en général la cinquantaine avancée, ils doivent réduire le nombre des consultations puis les cesser sous peine d’être emportés par la secousse que leur organisme vieillissant n’est plus à même d’endurer. La possession a son revers, elle use le corps et prédispose aux maladies « cardiaques ».

La transe du quimboiseur ressemble à celle du prêtre du culte de Shango de Trinidad quand il est possédé à l’occasion des consultations privées. Ou comme les possessions par loas lors des cérémonies vaudou.

Les consultations privées, pendant lesquelles l’officiant est possédé, peuvent être, considérées comme des expressions mineures, sur le plan de la religiosité, des cultes de possession. Toutefois elles sont très prisées des adeptes et aussi de personnes extérieures au culte. Aux Antilles, les séances privées sont les seules à exister ; néanmoins, elles s’inscrivent dans le fond culturel issu du phénomène de la possession religieuse d’origine africaine.

Peut on faire un lien avec le fond culturel issu de la possession religieuse d’origine africaine et le zèle de la communauté noire lors des séances de prière intensive dans les temples protestants ?
Way mes zanmi, l’esprit saint est venue sur ma personne !

C’est dire, encore une fois, qu’ aux Petites Antilles cette forme de « religion d’esprit » magico-religieuse non codifiée et non cultuelle (au sens institutionnel du terme) a fini tout simplement par accompagner de façon simultanée, par force, par résistance, par détour, le catholicisme officiel.

Le cumul multiculturel

lafleurcurieuse

Certains gadedzafè pratiquent la divination-diagnostic en appelant des saints indiens (de l’Inde) et aussi Bouddha pour être possédés par eux. Le culte dit de Maliémin, du nom de la divinité indienne honorée, connaît depuis une vingtaine d’années une véritable renaissance. Il n’avait pas disparu mais il perdait de son dynamisme, de sa particularité et se sclérosait. Depuis, ce culte a trouvé un nouvel essor grâce aux échanges instaurés entre les Indiens de l’île et l’Inde où les prêtres se rendent, et, fait plus remarquable, entre la communauté indienne des Antilles et celle de l’île de la Réunion.

Mariémin, déesse vénérée en Inde du Sud sous le nom tamoul de Mariamman ou plus justement Mari-Amma, que l’on peut traduire par «Mère secourable», et qui est devenue la divinité majeure de l’hindouisme créole. Il s’agit d’une déesse végétarienne, considérée comme très pure, qui est sollicitée par les Indiens antillais pour le «protègement» préventif et curatif des maladies éruptives en général ainsi que pour des demandes de grâce, de chance, et pour les promesses de vœux.

C’est parce qu’elle est véritablement perçue sous ses traits de sollicitude maternelle, qu’elle est considérée même comme «Mère divine», qu’elle est priée, vénérée, habillée, décorée, illuminée par les bougies et lampes à huile, qu’elle va être immanquablement, et très vite, identifiée avec la Vierge Marie par une population créole christianisée, tant hindoue que non hindoue. Et non seulement parce qu’elle a statut de déesse et en porte les attributs, mais parce qu’elle s’adapte à vrai dire formidablement et de façon déterminante à une créolisation linguistique phonétique, passant de Mariémin à «Marienmé», c’est-à-dire au nom de dévotion par excellence donné en créole à la Vierge: Marie Aimée!

Les divinités tamoules créoles

Pendant la période où le culte indien jouissait de peu de considération, à l’instar de sa communauté, c’est dans le secret que les Antillais non Indiens se rendaient dans les lieux de culte et consultaient les prêtres. Le prestige des saints indiens, forts et efficaces pour la divination, la guérison, et la magie, et que viennent corroborer les succès socio-économiques de leur groupe d’origine, ne pouvait laisser les quimboiseurs indifférents. Aussi — et peut-être est-ce également pour atténuer les angles de la concurrence — ils utilisent les divinités indiennes, mais à la manière des saints catholiques et non en plagiant leur culte originel.

Le quimboiseur les appelle par des prières spécifiques. Ce rituel ne supprime pas les prières catholiques qui ont lieu en premier. Le recours aux saints indiens est un recours parmi d’autres dans l’éventail du quimboiseur. C’est ce que signifient les gadedzafè qui installent dans des espaces séparés les autels aux saints catholiques, à leurs homologues indiens et à Bouddha. Ce cloisonnement se justifie par la volonté de l’officiant de ne pas froisser ces entités quand il passe des unes aux autres.

Bouddha est utilisé tel un saint, particulièrement efficace pour le voyage du gadedzafè. Cette technique rend l’investigation divinatoire plus précise. Elle vise à découvrir si un agent de persécution, « objet arrangé » ou « esprit de mort » expédié, n’est pas au domicile du consultant.

Selon un guérisseur, Bouddha est un saint qui va sur les cinq continents. Il s’assure ainsi la collaboration d’un voyageur hors pair qui valide de ce fait la qualité de sa divination. Bouddha est la divinité censée être priée chez les « chinois ». Sous ce vocable c’est la secte japonaise du Mahikari qui est désignée. En réalité elle n’honore pas le Bouddha mais le Dieu Su dont l’effigie dorée siège dans un décor asiatique et favorise un amalgame avec Bouddha, figure beaucoup plus connue de ceux qui ne suivent pas l’enseignement des Mahikari.

Le succès du Mahikari via sa créolisation par extension des croyances magico-religieuses en quelque sorte, est également dû au fait que le Goseigen présente une cosmovision finalement très englobante et très magique, qui explicite tous les problèmes, qui déroutent la science matérielle et la technologie moderne en mixant philosophie religieuse orientale, nombre d’éléments bibliques et figures judéo-chrétiennes, vision sotériologique et apocalyptique, et, singulièrement, parce que son enseignement n’exige pas des adeptes (en principe, mais c’est bien plus subtil) l’abandon de leurs autres appartenances religieuses

Bouddha et les saints indiens doivent leur entrée chez le devin guérisseur à leur réputation d’entités fortes et efficaces qui va de pair avec le succès des Mahikari et le renouveau du culte indien. On pourrait imaginer que c’est parce qu’il n’est pas le prêtre d’un culte public que le quimboiseur s’autorise de telles d’innovations. Il n’est possédé que dans le cadre d’une relation duelle facilement maîtrisable. Aucun public ne le soumet à un contrôle ou à une critique qui pourrait parasiter sa performance. S’il ne convainc pas le consultant, ou celui qui l’accompagne, il ne sera pas moqué.

L’espace de liberté dont jouit le quimboiseur est le plus grand que celui d’un prêtre qui officie devant un public lors d’une cérémonie collective.

Consultants et thérapeutes doivent partager cette logique du cumul car la disparition de la clientèle signifierait celle des devins guérisseurs. Or, nous constatons qu’ailleurs que chez les quimboiseurs souvent les gens cumulent des démarches religieuses qu’un regard chrétien et orthodoxe jugerait par trop hétéroclites.

Quimboiseur et pouvoir de l’esprit

Tous les soignants savent bien que des liens forts existent entre corps et esprit, dans les deux sens. L’état du corps influence bien sûr le fonctionnement de l’esprit : la douleur réduit nos capacités attentionnelles (plus grand-chose ne nous intéresse à part ce qui nous fait souffrir), l’inflammation facilite la dépression…

Et l’état de l’esprit influe sur celui du corps : les émotions positives stimulent l’immunité, la colère « spasme » les coronaires… Il est donc aujourd’hui légitime, et même indispensable, que les soignants intègrent ces nouvelles données dans leur pratique. Mais malheureusement ce n’est pas encore le cas. D’où le rôle thérapeutique du quimboiseur qui soigne le corps tout comme l’esprit (et même ceux de l’arbre généalogique).

Comme le notait M.Foucault, dans son Histoire de la folie à l’âge classique, « Freud » est le premier qui avait accepté dans son sérieux la réalité du couple médecin-malade. En d’autres termes, Freud introduit dans le champs de psychopathologie, une thérapie par la parole, la première forme psychothérapie, de cure psychologique.

Comme le psychanalyste, le quimboiseur recourt avant tout à la parole pour soigner. Il écoute, interroge, questionne en profondeur afin de déceler les troubles du patient sauf que contrairement au psychanalyste, il peut intervenir sur plusieurs plans : magique, spirituel, physique, psychologique, etc. Et le plus important c’est qu’il ne remet pas en question les croyances mystiques de son client; contrairement à certains professionnel de santé qui ne comprennent pas nos talismans, le sel sous le paillasson, la culotte à l’envers, les troubles d’érection à cause d’une méchanceté, etc… En effet, la liste est très longue et très critiqué par l’occident, alors que nos superstitions comme ils aiment tant dire est notre résistance à l’acculturation.

Avant dire que le corps et l’esprit étaient liés dans le processus de guérison dans le domaine de la médecine relevait d’obscurantisme, de sorcellerie, de couillonade et j’en passe. Mais regardez maintenant, l’émergence du yoga, des énergéticiens, chamanisme, la lithothérapie, etc. Prenons garde à ce que nos pratiques ne deviennent pas un effet de mode dénaturées et surtout volées culturellement.

L’Antillais évoque souvent l’invisible pour qualifier tout ce qu’il ne comprend pas rationnellement. Hors le quimboiseur peut tout à fait intervenir comme par exemple un énergéticien, un acupuncture, un nutritionniste, un astrologue, un naturopathe, etc mais à la sauce antillaise. En effet nous avons notre propre interprétation du quotidien, cosmos, énergie, etc. Néanmoins, l’invisible n’intervient pas à chaque fois pour expliquer un désordre.

En effet, comme la plupart des thérapeutiques traditionnelles, le quimboiseur, intuitivement, ne perçoit pas l’individu comme la juxtaposition d’entités dissociables que seraient les composantes biologique, psychologique, sociale de l’être, mais comme un tout ne pouvant souffrir aucun partage.

Aussi, les différents niveaux d’intégration de l’organisme humain à son environnement, passé, personnalité, contexte familial, rôle social, patrimoine culturel, croyances, sont traités comme des aspects non négligeables de l’état pathologique et, en conséquence, l’efficacité du traitement repose non seulement sur la confiance du patient dans le pouvoir de son thérapeute, mais aussi sur l’intervention de l’opinion collective au travers de laquelle ces deux partis se définissent, et surtout sur l’adhésion de ces derniers au même cadre socio-culturel.

Par conséquent, l’analyse montre que le recours à la magie dans les sociétés créoles revêt une dimension culturelle, psychologique et sociologique dans la mesure où elle permet à l’individu d’avoir une prise sur son environnement qui conditionne son développement, en lui accordant le bénéfice de la disparition des conflits réels ou imaginaires et donc le retour à l’équilibre dans le sens d’un rétablissement de l’harmonie entre le monde naturel et surnaturel, visible et invisible.

L’effet placebo

Une autre approche qui ne remet nullement en question les dons du gadé zafè.

Qu’en pense le corps médical ?

Prescrire sciemment un placebo pour soulager un patient ? Assumée ou non, la pratique existe déjà. Il y a dix ans, une enquête conduite auprès de 1 200 internes et rhumatologues américains avait montré qu’environ la moitié d’entre eux prescrivaient régulièrement des traitements qu’ils savaient être des placebos. Et des études menées en France, au Royaume-Uni et en Allemagne ont abouti à des constats comparables.

Bien sûr, les médecins prescrivent rarement des placebos purs (des pilules de sucre ou des solutions salines sans substance active), ils ont plutôt recours à des placebos dits impurs, comme du magnésium ou une vitamine pour traiter une fatigue en l’absence de carence avérée. « Beaucoup de médecins savent que les patients ne vont pas répondre en raison des ingrédients actifs contenus dans le médicament, mais ils donnent quand même ces traitements pour créer une réponse placebo » , explique Luana Colloca, professeure associée à l’université du Maryland

Des produits n’ayant aucun effet thérapeutique intrinsèque peuvent améliorer l’état de santé d’un malade. Un phénomène très difficile à expliquer, mais pourtant bien réel. En effet, un patient convaincu qu’il va guérir se met dans des conditions favorables à cette guérison».

En clair, des mécanismes psychologiques permettraient d’activer des voies biologiques impliquées dans l’amélioration de certains symptômes. Prendre un comprimé en étant convaincu qu’il permettra de soulager sa migraine peut, par exemple, entraîner la libération d’endorphines, des molécules analgésiques naturellement produites par l’organisme. Pour certaines maladies graves, telles qu’une infection bactérienne aiguë ou un cancer, l’effet placebo ne sera d’aucune aide.

Par ailleurs, ce phénomène n’est pas l’apanage des placebos. En réalité tous les médicaments comportent également une part d’effet placebo, en plus de leur activité biologique propre. Toutefois, seuls 30% des patients y seraient sensibles, selon des études.

Si l’effet placebo est si variable, c’est parce qu’il dépend de nombreux facteurs appelés «effets contextuels». Ils concernent tant le patient (ses croyances, ses connaissances, son attitude vis-à-vis de sa santé, sa perception du traitement…) que la nature du placebo ou du médicament.

Sa couleur, son nom, son prix, la publicité dont il fait l’objet ou encore le fait qu’il soit remboursé ou non sont autant d’éléments qui entrent en jeu. Une étude publiée en 1996 a par exemple montré que les couleurs rouge, jaune et orange sont associées à un effet stimulant, tandis que le bleu et le vert sont tranquillisants.

Peut-on évoquer un effet placebo du quimboiseur ?

Certains témoignage témoigne de la puissance du groupe de prière dans le processus de guérison. Un cas qui revient souvent dans nos îles est la guérison complète d’un cancer alors que les médecins avait annoncé la mort imminente du patient. Bien évidement le patient dira que c’est la puissance de Jésus.

Mais si nous mettons de côté cet aspect de bondieuserie, ne pouvons nous pas envisager un effet placebo par la prière ?

En effet le mourant est convaincu qu’en priant fermement pendant des heures et des heures avec l’aide de son groupe, il aura peut être une chance de vaincre la maladie. Et durant ce grand moment liturgique, son esprit inconsciemment à adhérer à cette pensée de guérison. Puis son esprit de guérison a prit le dessus sur le corps malade…

Comme je le soulignais un peu plus haut, selon le corps médical : l’effet placebo serait inefficace contre certaines maladies graves, telles qu’une infection bactérienne aiguë ou un cancer.. Hors si nous restons que dans une interprétation occidentale, nous ne pouvons qu’adhérer. Mais gardons en mémoire que la médecine occidentale à tendance à se détacher de l’esprit.

En effet, peut elle vraiment expliquer la guérison miraculeuse d’un sévère eczéma par les plantes et les neuvaines ? La guérison d’un grave cancer de la bouche ? La guérison de l’hypertension d’un malade qui devait prendre son médicament tous les jours et à vie ? (Bien évidement je ne remets pas en cause la grande connaissance du quimboiseur dans le domaine des plantes.)

Selon moi, le gadé zafè peut d’une certaine manière jouer ce rôle placébo pour son client, en s’adaptant à ses croyances, en pratiquant une thérapie par la parole, en lui prescrivant des plantes, des prières, etc. En effet, si le client est convaincu par la possession du voyant, par la vertus des plantes, des massages, des bains de rivières, etc. son esprit peut tout à fait prendre le dessus par rapport au corps et guérir (physiquement ou psychiquement).

Quand ma fille était petite, elle avait d’énorme problème de digestion (spasmes, perte d’appétit, des larmes à cause de la douleur, etc.) malgré son alimentation adaptée. Seuls les médicament pouvait la soulager. En guide d’alternative, je lui préparais une tisane pour la digestion et je lui disais que c’était un super thé magique grâce à mes pouvoirs (en mode quimboiseuse). Figurez vous qu’après elle n’avait plus de trouble de la digestion.

Bien évidemment, nous avons toujours continuer le suivi avec le gastro-entérologue par précaution.

Nous pouvons bifurquer sur les possessions lors du culte vaudou. Des fois nous pouvons ressentir l’énergie mystique du loa invoqué et d’autre fois être témoin d’une grande comédie collective. Mais dans ce cas, le plus important est que la danse, les chants, la couleur des habits, les vibrations du tambour, l’imitation des traits de caractère du loa peuvent contribuer au bien être psychique du groupe. Et par la suite, agir sur le plan physique.

Conclusion

Ces thérapeutes dont l’efficacité est reconnue par les utilisateurs, agissent en complémentarité avec la biomédecine devenue par trop technicienne, selon l’opinion générale, avec un phénomène de déshumanisation que beaucoup dénoncent comme une atteinte à la personne.

Pourtant, des efforts sont réalisés pour la réappropriation de sa santé et de son corps par le patient, grâce à la mise en place du dispositif de soins coordonnés, l’accessibilité du dossier médical du malade, etc…Toutefois, l’analyse montre que ce sont ces thérapeutes traditionnels qui interprètent les désordres, gèrent les affects, donnent des ordres aux esprits à partir de techniques traditionnelles d’interprétation et de divination, dans le but de tenir à distance les esprits infernaux ou les agents persécuteurs.

Praticiens non conventionnés, la plupart de ces thérapeutes traditionnels n’agissent pas en dehors de la médecine moderne qu’ils recommandent en première instance à leur patient avant de commencer tout acte thérapeutique. Une complémentarité qui rassure le patient et qui n’obstrue pas le progrès.

En effet, l’antillais ne rejettent pas tout ce qui est modernité. Ils essaient de garder un certain équilibre entre le progrès technique et les traditions pour préserver leurs identités culturelles et nationales. Néanmoins, il a trop tendance à reléguer le tjenbwa à une pratique de la sorcellerie. Et malheureusement les nombreux charlatans n’arrangent en rien les choses, bien au contraire les aggravent.

Néanmoins, j’espère que l’antillais prendra le chemin de la démystification et de la décolonisation pour renouer avec ses pratiques ancestrales; avant que le « côlon culturel » s’approprie ce savoir et le détourne à son avantage…

Sources:
-Portail de la Guadeloupe
-Moralité et responsabilité: cas de la pratique des quimboiseurs et des prêtres catholiques martiniquais de Geneviève Lacroix
-Le cumul magico-religieux à la Guadeloupe de Christiane Bougerol
-L’ABC du magico-religieux des Antilles de Geneviève Leti
-La transmission du patrimoine médicinal créole: problématique, pertinence et évaluation d’un savoir traditionnel par Huguette Marie-Andrée Marie-Luce épouse Concy
-Le magico-religieux créole comme expression du métissage thérapeutique et culturel aux Antilles françaises de Philippe Chanson
-Le Figaro Santé
-Science et vie



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