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Chacha et Sosso

Ernest Moutoussamy
Roman caribéen
Parution en 1994

« Nous sommes à la fin des années trente. Sur l’habitation de Desvarieux, Prakash, un jeune damné des cannaies, aîné d’une famille nombreuse, a recueilli un matin Ushas et Solitude deux fillettes abandonnées devant l’église du bourg de Saint-François.

Aussitôt, sa maman et son village le mettent en quarantaine. Il fait sortir du sang de la roche pour élever les fillettes qui réclament inlassablement une maman. Seul Gopi les prend en pitié et les place sous la protection des dieux.
Tout en courtisant Angéla et Palatia, Prakash s’efforce de convaincre l’une et l’autre d’accepter d’élever les enfants. Mais, dans ce village écrasé par la misère, où l’adoption, considérée comme une tare, ne fait pas partie des mœurs, elle refusent de faire plaisir au jeune homme…. »

Mon avis

Dans la communauté hindou de Karukéra, l’adoption est très rare car elle est très mal perçu. D’ailleurs la misère est tellement omniprésente qu’il était inconcevable de s’encombrer de deux bouches à nourrir qui n’était pas de notre sang.
Mais la bonté de Prakash était au dessus de tout ses préjugés. Il adopta de bon cœur deux orphelines mourant de faim sous les pas de l’église. Le nouveau père aimât Ushas et Solitude, et les chérissait comme si elles étaient issus de son sang.

Malheureusement, la communauté n’approuvant pas cette adoption traita la nouvelle famille comme des pestiférés. Les petites filles choyés par leur père sont désespérés du dédain des femmes à leurs égards. En effet, en dépit de tout l’amour que leur offre leur père, elles espèrent ardemment l’amour maternelle.
C’est avec tristesse que Prakash fait face au refus de donner cet amour maternelle, des deux femmes qu’il courtise. À quoi bon adopter les filles alors qu’elles sont fertiles, en effet ce genre de pratique n’était bonne que pour les vieilles filles. Et surtout la faim et la misère rodait dans l’habitation malgré la sueur du travail et des jardins créoles.

Ernest Moutoussamy nous fait découvrir par sa plume poétique la communauté hindou ainsi que ses pratiques et coutumes. Mais également le combat face la scélératesse de la vie au côté des nègres face à l’oppression du béké, des diablesses, des soukougnan, etc.
Cette communauté peut heureusement compter sur le quimbois et les divinités hindous Maldévilin et Kali pour adoucir leur quotidien…
Ce roman est hommage à notre métissage culturelle et à la dignité de nos aïeuls de braver l’adversité. Une pépite littéraire de la littérature créole.

Extrait

Avant de commencer, elle chantait fidèlement pour Maldévilin afin de gagner sa protection. Puis, elle s’élançait dans le paysage, traversait les champs, ratissait la savane. Son cœur se décrochait de sa poitrine, gambadait sous ses pas, investissait les buissons et les touffes d’herbes couvertes de lianes.

Religieusement, elle quêtait, se baissait, s’agenouillait, observait, reniflait. Les fleurs l »appelaient, poussaient des cris, des éclats pour être de la fête du lendemain et se retrouver autour du cou de Kâli, sur sa poitrine, dans ses cheveux. Elles gémissaient quand elle passait sans leur prêter attention. Il arrivait même que les troncs et les racines, par peur d’être oubliés, se missent à craquer.
Les branches et les écorces parlaient. Les feuilles babillaient. Quelle éruption! La plus odorante! La plus belle couleur! Elles étaient toutes folles!

C’est dans cette ambiance que sa corbeille se remplissait pour Kâli. A vrai dire, la déesse demeurait le chef d’orchestre de ce bal extraordinaire. Seule Palatia en percevait la musique et pouvait communiquer aussi magiquement avec ce royaume végétal dont les fleurs constituaient la nourriture favorite de la divinité.


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