tambour

Le Tambour sacré dans la région des grands lacs


Les sociétés traditionnelles africaines considèrent que le tambour a un esprit et un caractère clairement observables. On croit, dans de nombreuses communautés africaines, que la voix des grands ancêtres se cache dans le bois des arbres, et que les hommes et les femmes peuvent entrer en contact avec eux quand ils en ont besoin. Le Tambour fabriqué à partir d’un arbre sacré est considéré comme le messager des anciens.

Le symbolisant : le tambour.

Il s’agit d’un tambour couvert en bas (= mu isembe) et en haut (= mu ruhanga), c’est à dire couverts sur les deux faces : l’inférieure et la supérieure. Les deux faces doivent être inégales. La petite est l’inférieure. Le véritable symbolisme du tambour est fixé dans son intérieur.

Le tambour dynastique rwandais « KALINGA » [1510-1979]

Selon un proverbe du pays: « Ce qu’il y’a dans le ventre du tambour, seul son berger légitime peut le connaître. »

À l’intérieur d’un tambour, il y a toujours un objet secret caché et fixé dedans, de préférence un petit morceau de racine d’un arbre sacré soit l’un ou les deux à la fois voire même parfois autres reliques.

Par définition, les reliques, sont les restes matériels qu’a ou qu’aurait laissés derrière lui une personne vénérée en mourant : soit des parties de son corps, soit d’autres objets qu’il a ou avait, pour les croyants, sanctifiés par son contact. … Cela s’appelle le cœur du tambour, personnifiant le maître intérieur d’un homme.
Avant de recouvrir les tambour dynastiques, le sculpteur des tambours et le roi y déposent les cœurs en disant:

Voici les cœurs du tambour;
Puisse les tambours du Rwanda avoir toujours du cœur
Puissent les hommes avoir toujours du cœur
Puissent les femmes du Rwanda avoir toujours du cœur
Puissent les vaches du Rwanda avoir toujours du cœur.


On a en chacun de nous un maître intérieur qui nous guide en toutes choses et qu’il faut toujours écouter car lui seul peut nous guider sur la bonne voie. L’incorporation des cœurs dans les tambours, possède un sens symbolique qui doit fortifier les qualités du tambour dépositaire (combativité, fécondité, prospérité, etc.).
Les rwandais considèrent actuellement, encore, le cœur comme le siège de l’équilibre psychologique de l’homme, de là l’expression « kuhora umutima » « avoir du cœur », « être équilibré ». Les cœurs enfermés dans les tambours garantissaient l’équilibre existant entre le tambour, son possesseur et/ou le rituel auquel ce tambour prenait part.

En outre, il semble qu’il faille y voir également un moyen d’éviter que les tambours dynastiques et rituels ne soient contrefaits, chaque insigne royal étant authentifié par un objet dont seuls les principaux ritualistes et le roi connaissent la nature.

Le tambourinage est un rappel de ce précepte fondamental et au besoin, de la contrainte légitime qui va de pair avec cette loi naturelle.
Le tambour revêt donc une très grande valeur mystique et culturelle dans la civilisation africaine du plateau des grands lacs.

Le culte

En conséquence, on ne tambourine qu’en présence du chef de l’État, ou d’un représentant du chef de l’État, soit d’un chef coutumier provincial, régional, national ou d’un gouvernant attitré mais, dans ce cas, obligatoirement en présence du drapeau national. Sur ce point pour certains; les Barundi sont plus culturalistes que les Rwandais. Lors d’un tambourinage burundais, le tambour principal du milieu est toujours peint en couleurs de la République du Burundi. C’est une pratique culturelle burundaise hautement symbolique que le Rwanda n’imite pas.

Burundi : la pratique du tambour traditionnel interdite aux femmes


En toutes circonstances, on peut tout pratiquer mais on excepte le tambourinage culturel dit « Igihubi » qui ne se joue qu’en présence du chef de l’État en personne ou d’un ancien chef d’État de mérite (= ayant reçu quitus de gestion).

Les tambours rituels

Les quatres tambours dynastiques ingabe s’appellent par ordre d’importance: Karinga, Cyimumugizi, Mpatsibihugu, et Kiragutse.

Jugés sur leur siège, ils étaient liés aux piliers de la hutte avec des cordes. Ils ne pouvaient jamais toucher le sol et on les transportait en hamac, cachés aux yeux des simples mortels par d’immenses boucliers de joncs tressés.
Devant eux, dans le sol, étaient implantés des marteaux forgés dont la forme évoquait les cornes de vaches. Derrière chaque tambour se trouvait un petit tambour, considéré comme le serviteur du tambour dynastique (ingabe) .
Afin de les préserver des vers, des insectes et en lui communiquant rituellement une quantité d’énergie, les serviteurs soufflaient dessus un mélange d’herbes aromatiques.

Les dégâts de la colonisation

Lors de la colonisation, le tambourinage a été banalisé exprès par le colonisateur belge et les paroisses chrétiennes afin de détruire sa signification culturelle et mieux inféoder le peuple rwandais. En effet, le tambourinage se faisait plutôt en l’honneur des missionnaires blancs ou plus tard du curé de la paroisse.

Un jour, par exemple, au Burundi, un missionnaire blanc a fait irruption à la cour royale burundaise avec une baïonnette et a perforé impunément le tambour dynastique burundais « Kalyenda » le traitant d’idolâtrie. C’est comme si un colonisateur forcené venait par hasard en France détruire la Tour Eifella considérant comme un « fétiche français ,en Chine détruire La Grande Muraille de Chine, la considérant comme « un fétiche chinois; etc.

Le colonialiste n’a cessé de dénigrer, de détruire, de ravager, etc. Il voit partout des fétiches, des sorciers, des sauvages, des primitifs, des païens, des incroyants, etc.
Normalement, le grand tambourinage culturel doit se faire au chef-lieu de province. C’est le chef-lieu de la province, avec ses services administratifs, avec le centre commercial, avec le marché, avec la banque populaire, la caisse d’épargne ou la banque commerciale, qui est le centre de gravité de la province mais non l’église paroissiale. Ça n’a donc pas de sens de tambouriner en l’honneur du curé.

C’est le mépris flagrant du tambour et des valeurs culturelles rwandaises qu’il incarne. Assurément, le missionnaire blanc l’a fait sciemment. Il voulait banaliser et détruire la Culture rwandaise et tout centrer sur la mission chrétienne.
Plus aucun tambourinage ne devrait donc logiquement être fait aux paroisses chrétiennes, mais devrait plutôt être fait au chef-lieu de la province.

Cela va sans dire que les tambours provinciaux devraient être parqués au chef-lieu de province, non loin du drapeau national. C’est le chef-lieu de la province qui est le centre de gravité de la province et non l’église paroissiale. Le tambour ne la concerne pas. Son affaire, ce sont les cloches chrétiennes. Le drapeau national ne peut pas être hissé à la paroisse.
Donc, étant donné que le drapeau national ne peut pas être hissé à la paroisse, alors il ne doit pas non plus y avoir tambourinage.

Par parenthèse, il faudrait distinguer le petit tambourinage d’accompagnement musical du grand tambourinage culturel. On a le droit de faire du petit tambourinage d’accompagnement musical pendant la messe. C’est plutôt du grand tambourinage culturel dont on parle ici. C’est l’une des cordes les plus fines de la Culture rwandaise qu’il faut absolument protéger.

L’héritage

Partout, les esclaves ont lutté pour garder leur héritage et la pratique du tambour vivants. Les tambours du Cameroun représentent de nombreux types de tambours africains.

Tambour Bamiléké


Ces tambours sont le reflet de perspectives spirituelles, sociales, ethno-anthropologiques et artistiques. La signification historique et culturelle des tambours au regard de la traite transatlantique des esclaves est remarquable.

Pendant le Passage, on encourageait les esclaves à battre le tambour. Mais à l’arrivée en Amérique, la pratique du tambour leur était interdite, pour la plupart d’entre eux. Néanmoins, le tambour a continué son voyage, et a accompagné les esclaves noirs partout où ils allaient, influençant ou créant de nouveaux genres artistiques et musicaux, tels que la samba, le bélè, le gwoka, le blues, le jazz, le rock and roll, le hip-hop, etc.

Gwoka

Mais l’influence des tambours est allée au-delà de la musique. Les Tambours ont continué à galvaniser l’esprit guerrier des esclaves noirs comme au cours de la Révolte de Stono en Caroline du Sud ou le soulèvement de la Nouvelle-Orléans.
Partout dans les îles de Caraïbes et les Amériques, les esclaves africains célébraient leur liberté retrouvée en battant les tambours. C’est arrivé le 12 avril 1865 quand les Confédérés ont quitté Mobile (Alabama) et qu’un groupe de jeunes africains décidèrent de faire quelque chose « d’africain » pour fêter leur retour à la liberté. Ils ont sculpté un tambour, l’ont frappé et sa pulsation puissante les a ramenés en Afrique.

L’un d’entre eux, Cudjo Lewis, a dit : “After dey free us, you understand me, we so glad, we makee de drum and beat it lak in de Affica soil.  Cudjo Lewis faisait partie des derniers Africains à avoir été acheminés aux États-Unis par le commerce transatlantique des esclaves. Comme le symbolisait leur tambour, la liberté était pour eux directement liée à l’Afrique.

Cela montre l’importance unique qu’a le tambour pour tous, constituant aujourd’hui encore un lien fort entre les anciens esclaves d’origine africaine et l’Afrique, malgré des siècles d’esclavage.

Sources:
-Sciences politique rwandaises
-Les instruments de musique du Rwanda: étude ethnomusicologique de Jos Gansemans
-BBC News
-Wikipédia


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