kibogo est monté au ciel

Kibogo est monté au ciel

Scholastique Mukasonga
Roman africain
Parution en 2020

« De Kibogo, le fils du roi, ou du Yézu des missionnaires, lequel des deux est monté au ciel ? Qui a fait revenir la pluie, sauvant ainsi son peuple de la sécheresse et de la famine ? Est-ce Maria de la chapelle ou la prêtresse de Kibogo qui a dansé sur la crête de la montagne au-dessus du gouffre ? Au Rwanda, colonisation et évangélisation avaient partie liée. En 1931, la destitution du roi Musinga qui refusait le baptême entraîna la conversion massive de la population.
Souvent, ces baptêmes à la chaîne, pour beaucoup opportunistes, aboutirent à un syncrétisme qui constituait une forme de résistance. Est-ce qu’il fallait croire aux contes que prêchent les pères blancs à longue barbe ou à ceux que raconte votre mère, chaque soir, à la veillée, jusqu’à ce que le foyer ne soit plus que braises rougeoyantes ? « 

Mon avis

Sholastique Mukasonga nous invite à découvrir le Rwanda à l’époque où les pères missionnaires ont implanté la foi chrétienne dans des populations en diabolisant les croyances ancestrales. Les histoires ancestrales deviennent peu à peu des contes païens pour enfant, les détenteurs des secrets, les faiseurs de pluie du pays sont considérées comme des fous et condamnés par « les padri »qui voient là l’inspiration de Satan.

Mais dans un village reculé au pied d’une colline, une légende reste tant bien que mal implantée dans les mémoires: Kibogo est un Abatabazi, un prince qui, pendant une grande famine, s’est sacrifié au sommet de la fameuse colline à la demande des devins de la cour royale pour faire revenir la pluie et ainsi sauver le pays.

Cette légende berça l’enfance d’Akayézu, un petit villageois ainsi nommé par un père avisé, entré au grand séminaire mais qui en sera chassé par les religieux en raison de sa conduite extravagante (il s’agit d’un baptême qu’il a donnés à une enfant, la sauvant ainsi de la mort, ce que les villageois éberlués interprètent comme une résurrection et les pères, outrés, comme un sacrilège).
La légende veut qu’Akayézu, qui un jour disparaît, ait été enlevé, comme Kibogo avant lui (ou comme le Christ et la Vierge, Enoch et Elie), du haut d’une montagne au milieu d’un nuage.

Ce syncrétisme constitue une forme de résistance à l’acculturation du peuple par les missionnaires lors de la colonisation. Par son récit plein d’humour et savoureux, l’auteur n’hésite pas à critiquer l’action répréhensible des missionnaires catholiques envers les croyances ancestrales. Des parallèles historiques apparaissent constamment entre l’histoire chrétienne – ici racontée et déformée de façon comique par les gens du lieu – et les légendes ruandaises encore si vivaces.
Ainsi, qui est vraiment monté au ciel? Kibogo, le fils de roi, ou le Yézu des missionnaires ? Et si le Yézu des missionnaires était le prince Kibogo et la terre promise le Rwanda?

Extrait

Alors quelques-uns se mirent à murmurer. Des vieux surtout qui disaient à voix basse:
Tous ces malheurs, c’est la faute des padri. Que sont ils venus faire chez nous? Qui leur a dit de venir? Autrefois nous avions un roi, un mwami, et il commandait à la pluie et si ce n’était pas lui, il y avait les abavubyi, les faiseurs de pluie, et si la pluie refusait de revenir, les sages disaient au mwami: Cède le tambour, il te faut boire l’hydromel. Et le roi acceptait de mourir et cédait le tambour à un de ses fils, jeune et vigoureux, et tout redevenait normal.

La pluie tombait comme elle devait le faire, et les greniers débordaient à nouveau de sorgho, de haricots, de petits pois, d’éleusine, de colocases, et les femmes mettaient au monde des garçons beaux et vigoureux, des guerriers!

(….) Mais à présent que fait le roi? Il est chez les padri, les missionnaires l’ont enfermé pour lui parler de Yézu et de Maria: ils vont le baptiser, ils lui ont donné pour parrains leur monseigneur qui est à Kabgagi et le chef des Belges, bwana Rikamansi, qui est à Usumbura: le mwami a oublié son Rwanda. Et les abavubyi, où sont ils? Les Belges les ont jetés en prison.
Nos Imana ont abandonné le Rwanda. Que pouvons nous faire?


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