les dieux antillais

Les dieux antillais


Sans discrimination aucune, on accueille toute religion qui promet sans effort de soi, l’Amour-Fortune-Guérison. Fort de France, et Point-à-Pitre sont des villes de sectes et d’évangiles. On attrape la nouvelle prêche comme on attrape le rêve qui passe. Comme on court après le taxi-pays qui va partir sans vous.

Le fait magico-religieux martiniquais et guadeloupéen est nommément identifiable, repérable dans un mot et une chose à connotation légèrement péjorative, aujourd’hui synonyme de maléfice, sort, envoûtement, voire même poison: le quimbois.

Le quimbois, c’est un mot et c’est une chose. C’est comme un morceau de rêve attardé au petit jour. C’est une lettre anonyme déposée furtivement, en douce, par porteur spécial avant le lever du soleil, avant le passage du facteur. Et quand c’est une chose, c’est encore un mot, le quimbois est toujours un message. A charge pour celui qui le reçoit d’en comprendre la langue.

Le quimbois n’est certes pas parvenu à s’ériger en culte syncrétique comme ce fut le cas dans les autres Amériques des plantations où la rencontre avec des dieux africains et des saints catholiques a donné les candomblés au Brésil, la santeria à Cuba, le vaudou à Haïti. Et pourtant il est, tout comme eux, indéracinable.

Mais, né et formé dans la résistance, il a traversé l’histoire antillaise et ses ruptures. Ni l’abolition de l’esclavage, ni la départementalisation, ni la montée des revendications nationales n’ont réussi à le détruire. Renvoyant dos à dos les unes et les autres dans le même refus de schématisme et de sectarisme, le quimbois vit la nuit dans les bois, et le cas échéant, se montre en plein jour.

Source : Dieu en exil de Simonne Henry Valmore

Le quimbois n’est pas regardant, bien au contraire il sait s’adapter selon les courants religieux qui sillonnent nos îles; tout en préservant son essence originelle : les arts occultes des sociétés ancestrales africaines.

On ne s’étonnera plus de voir dans les katchimen des noix de coco, une pratique emprunté des engagés tamouls. Ou de converser avec un cocotier et même solliciter l’aide du Petit Jesus pendant plusieurs jours pour être purifié par l’eau de coco. On ira à la messe faire bénir nos médaillons pour les coudres dans nos sous-vêtements afin d’être  à l’abri des mauvais esprits. Car oui malgré la main mise du Bondieu européen, nous croyons toujours  à un paquet de mauvais esprits qui font toujours la bamboche. Plakatak sur le toit ! Cela ne peut qu’être qu’un soukougnan !

On ira même fouetter les murs de notre maison avec des plantes bien spécifique en priant les saints pour dégager toute mauvaiseté. Et est ce pour autant que nous dirions que nous sommes tous des mauvais chrétiens ?

Foutre que non !  On le diabolisera, on le reniera, on crachera dessus mais le quimbois restera toujours là quitte à se cacher aux yeux des profanes. Et on aura beau dire le petit coup de sel sous le paillasson, la quantité de figures chrétiennes exposées sur la commode, les graines de fruits dans le porte-monnaie, le zèle en couvrant les tombes de bougie à la Toussaint, etc sont tout simplement des émanations du quimbois. Car oui pour survivre il sait s’adapter quitte à ce que les pratiquants l’utilise inconsciemment….

Yékrik ! 


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