manman dlo

Manman dlo


Ma manman dlo
Qui grâce à son large dos
À pu me maintenir à flot

Ma mère a toujours été une femme bien debout sur ses deux jambes quelque soit la scélératesse de la vie. À chaque méchanceté ou déveine, elle a toujours su enjamber les difficultés malgré les larmes de son cœur. Il était rare de la voir pleurer ou douter mais y réfléchissant, chaque courbatures, inflammation des articulations, insomnie et tremblement suintaient ses craintes et ses faiblesses. Aveuglée par le mythe de la mère poto-mitan et mes propres démons, je regrette de ne pas avoir partagé mon dos ; même si elle m’aurait envoyé me promener. Fort heureusement, il n’est jamais trop tard pour épauler.

Par sa force de caractère, très butée sur certains aspects, et ses milans, elle m’a montré quotidiennement les divers combats de la femme antillaise dans une société aliénée par le patriarcat. Et je dois vous avertir que ce fut très violent psychologiquement. Mener quotidiennement une vie de femme divorcée qui a décidé de ne plus se mettre en ménage peut s’avérer être épuisant face aux lois des hommes.

Tout commence lorsqu’elle achète seule une maison dans une citée après son divorce. Une belle jeune femme qui vient d’emménager peut être une source de convoitise pour le voisinage. Bien évidemment un mako marié du bâtiment d’à côté tente sa chance et lourdement. Tout était prétexte pour parler à la voisine seule sans homme dans la maison. Malgré les non bien poliment comme il faut, le mako continuait son harcèlement persuadé que son charme était irrésistible. Mais un jour, n’acceptant plus ses avances déplacées elle lui répondit : Si vous continuez à m’importuner, j’irai solliciter l’aide de votre épouse.

Cœur de gros coco sans respect pour sa femme qui habite à côté se fend en deux flap devant cette parole. Depuis ce jour, le mako castré par la voisine s’évertua à ne plus jamais lui dire bonjour. Et en guise de vengeance, il prit soin de jeter ses mégots de cigarette et même les paquets vides devant le perron de ma mère. Jusqu’à maintenant, le mako continue à le faire et bien évidemment il fit en sorte que sa femme ne supporte plus la vue de la voisine.

Ma mère femme célibataire a dû affronter les petites méchancetés du voisinage. Tout le monde savait que s’était sa place de parking mais tous les jours fut une bataille pour qu’elle puisse se garer devant chez elle. Et pour se faire respecter, elle a dû hurler encore et encore plus fort afin qu’on daigne l’écouter. Si elle avait eu un grand nègre chez elle qui veille, les hommes du quartier auraient eu des scrupules à se garer à sa place.

Tout comme les voisins auraient eu des scrupules à jeter leurs mégots dans son jardin au lieu de le faire chez eux ou mettre leur débris de ciment dans son tuyau d’évacuation car elle avait osé dire non à un service où elle était complètement arnaquée. Ou à dire que la voisine seule de la rue était une voleuse d’homme. Comme elle n’a personne pour chauffer son lit, elle va soit voler les hommes des autres ou hurler de colère pour une petite broutille. Et oui tout ce que dit, demande ou exige la voisine selon son bon droit sont tout simplement des caprices de femme seule. Et malheureusement ces petits mensonges étaient le tremplin des femmes qui ne voulaient pas voir la nature isalop de leur conjoint.

Avec le temps, on aurait pu croire qu’elle avait gagné le respect à coup de hurlement, cancan, menace, etc, tjip an patat ! Dernièrement, un voisin aurait dit à une femme folle et ababa que le voisine seule était une voleuse d’enfants. Pendant plusieurs nuits, ma mère voyait la femme devant sa barrière entrain de se lamenter sur le vol de ses enfants. À bout de force, elle l’invita chez elle pour lui prouver qu’aucun enfant n’y vivait.

Habiter dans une citée entant que mère célibataire s’avéra être une longue épreuve. Mais grâce à ses jurons et sa force mentale, ma mère a pu enfin acquérir sa tranquillité tant recherchée. Ayant été témoin des coups de couteau de son large dos, je m’évertue tant bien que mal à ne jamais fléchir face à la mauvaiseté. Hanhan piès pa ! Et ce n’est certainement pas un homme qui se croit tout permis grâce à son koko qui va me dire de fermer ma bouche. Je l’ai subi une fois et plus jamais je ne revivrai ce manque de respect. Et plus jamais j’accepterai le concept de la femme poto-mitan.

Celle qui doit porter seule sur son large dos les malheurs, les préjugés, l’aliénation, les frustrations, les traumatismes de la société martiniquaise. Suis-je utopiste d’espérer une guérissons mutuelle entre chaque martiniquais ?

Valérie RODNEY


Vous aimerez aussi

rose noir

Les moutons noirs

Un parfum d'alamanda

Un parfum d’alamanda : les mémoires de Marie-Louise


Laissez un commentaire



Mon Instagram