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L’immigration chinoise aux Antilles


Au lendemain de l’abolition de l’esclavage, le ministère des Colonies et de la Marine proposa des « ouvriers » et des « cultivateurs » en recourant à l’immigration de populations originaires de l’Europe, de l’Inde, de l’Afrique (Congos), de Madère et de la Chine afin de pourvoir en main d’œuvre les planteurs. De telles mesures compensatoires avaient déjà été envisagées antérieurement.
Le décret du 13 février 1852 (repris par celui du 27 mars), qui prévoyait une participation financière publique de l’Etat ou de la colonie, stipulait que cet engagement sous contrat offrait la possibilité d’un rapatriement ou d’une prime en cas de réengagement au-delà des trois années de travail.

Dès 1853, une politique d’immigration de Chinois fut mise en place. En 1858, un programme prévoyait l’introduction de 10 000 Chinois sur une période de cinq ans. Un second proposa la venue de 600 Chinois en un an, avec des contrats de six à huit ans. Pourtant, durant cette décennie, un millier seulement de Chinois foulèrent le sol martiniquais. En 1905, « il ne restait plus dans l’île que 37 individus nés en Chine » et seulement 22 en 1910. Les autorités chinoises n’étaient pas toujours conciliantes pour ce mode de recrutement, « aussi dut-il se faire hâtivement dans des banlieues de ville, et porter sur des individus dont beaucoup étaient indésirables» .

En « 1865, une convention entre la Chine d’une part, l’Angleterre et la France d’autre part, régula le recrutement et l’emploi des travailleurs chinois par les puissances européennes » . Le recrutement se faisait par l’intermédiaire d’agents chinois et étrangers. Ces Chinois venaient de Shanghaï et de Canton, certains de Hong Kong et d’autres villes.

Déploiement des migrations

chinois

Ces déplacements s’inscrivaient dans un vaste mouvement migratoire qui dépassait largement le cadre des colonies caraïbéennes. En plein développement, certains pays en quête de main d’œuvre ou pour peupler leurs colonies, trouvèrent des travailleurs hors de leurs frontières. La Chine, qui subissait alors de grandes difficultés économiques et politiques, devint un des bassins d’émigration .

En effet, « les deux guerres de l’opium (1840-1842 et 1856-1860) et la révolte des Taiping (1860-1865) provoquent, particulièrement dans les provinces du sud, principaux foyers de départ encore aujourd’hui, des bouleversements sociaux considérables et des famines effroyables. [..] Comme résultat des traités des guerres de l’opium, l’établissement du coolie trade autorise les puissances coloniales à embaucher des travailleurs pour mettre en valeur les territoires de leurs dépendances. Ce coolie trade va provoquer des flux de départ vers les Caraïbes, les îles de l’Océan Indien et la Polynésie mais surtout vers l’Asie du sud-est.

Ces travailleurs sont pour la plupart des paysans sans terre, pauvres parmi les pauvres, qui voient pourtant dans ces contrats misérables la possibilité pour eux et pour leur famille de survivre. […] Au début du XXè siècle, le volume de la migration chinoise est estimée à 8 millions de personnes »

Ma Mung (géographe français)

Le statut du chinois

Les « Chinois » s’autodésignent comme Martiniquais d’origine chinoise et se reconnaissent entre eux comme tels. En fait, ce terme de «Chinois» dénote une complexité de sens. Il recouvre à la fois le statut de l’étranger, son origine, son phénotype et son statut social. Le mot « Chinois », employé par les autres Martiniquais, renvoie à la fois au groupe et à chaque individu, essentiellement dans un sens phénotypique. Initialement, il désignait ceux qui arrivaient de Chine mais aujourd’hui, son emploi s’est élargi à tous ceux qui viennent du monde asiatique.

Il était fréquent et jusqu’à maintenant de les nommer: Man Chine, Papa Chine, Ti Chine, Chichine, Yeux fendus, etc. En effet, les noms de famille sont rarement cités, car ” ils sont trop compliqués à prononcer” selon la population. Dans la société martiniquaise, chaque individu est identifié et nommé selon son origine culturelle ou selon son phénotype et donc son appartenance à un groupe. Ainsi entend-on parler de « Syriens », de « Chinois », de « Coolie s» (descendants des engagés originaires de l’Inde), de « Métropolitains »…mais aussi de « Noirs », de « Blancs », de chaben (métis à peau claire et aux cheveux crépus clairs), de mûlatres.
Il s’agit de bien notifier une démarcation entre les individus et les différents groupes selon leurs origines et, plus particulièrement, entre ceux qui ont subi la période esclavagiste et les étrangers qui vinrent après l’abolition de l’esclavage.

Activités commerciales

Les « Chinois » ont une activité commerciale importante qu’ils partagent avec les « Syriens ». Ensemble, ils ont participé à la création du paysage urbain de l’île par leurs pratiques économiques.
À leur arrivée, ils étaient artisans, ouvriers, cultivateurs, domestiques dans les habitations, mais aussi coupeurs de canne à sucre. D’ailleurs les coupeurs de cannes d’origine chinoise était réputés récalcitrante et bagarreuse. Néanmoins étant de grand économe, ils se dispersèrent dans toute l’île, essentiellement en milieu urbain, puisque l’on retrouve des actes de naissance à Fort-de-France, au Lamentin, à SainteMarie, à Saint-Pierre, au Carbet…Ils déployèrent leur activité commerciale surtout à Saint-Pierre, alors capitale économique de la colonie, mais ils subirent de plein fouet les conséquences de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902, se réfugiant à Fort-de-France après la ruine de leurs entreprises.

Ils se sont directement installés dans les quartiers très populaires de Fort-de-France, à Sainte-Thérèse et à Terres Sainville, mais aussi en commune. De fait, malgré l’étrangeté qu’ils pouvaient induire, leur intégration fut facilitée puisqu’ils vivaient à proximité des épiceries et scolarisaient leurs enfants dans les écoles communales. Commerçants urbains, habitants citadins, les « Chinois » et les « Syriens » ont donc un peu inventé cette ville qu’est Fort-de-France.

Intégration

Les premiers migrants s’unirent à des Martiniquaises. Certes, le choix était limité puisqu’il s’agissait essentiellement d’hommes, mais cela dénotait aussi une volonté de s’installer. Ceux des années 1920-1930 ont préféré se marier avec des femmes originaires de leur village, les parents contribuant à arranger ces rencontres. Les descendants ont eu et ont encore un choix plus large. Même si l’idéal demeure le mariage entre personnes partageant la même origine, et par là une même culture, il n’existe pas de règle stricte. Des unions fort différentes se retrouvent au sein d’une même famille.

La religion n’est pas non plus un terrain propice à une identification. Les «Chinois», bouddhistes à l’origine, se sont convertis au catholicisme, certains pratiquant les deux religions. La réalité linguistique des «Chinois» est complexe tant par leurs origines, puisque de nombreuses langues sont parlées en Chine, que par leurs histoires familiales. Pour les anciennes familles implantées ici, il n’y a pas eu transmission de la langue. A la maison, il était obligatoire de parler le «patois», le créole.

Le français était rarement connu des parents qui parlaient chinois entre eux. L’apprentissage du chinois s’est fait par le biais d’études à Hong Kong. Les pionniers appartenaient au même groupe linguistique hakka alors que les nouveaux migrants originaires de Hong Kong parlent quant à eux le cantonnais. En fait, bien souvent il y a eu une rupture linguistique par rapport à la langue maternelle qui n’a pas été transmise.

Chinois créole

Revendiquant leur appartenance martiniquaise, les « Chinois » sont d’abord des acteurs de cette société créole, reconnus en tant que tels, à laquelle ils s’identifient sans rien renier de leur culture d’origine qui est en partie intégrante à leur système d’identification. Une rue porte même le nom de l’une des grandes familles « chinoises » dans le quartier des Terres Sainville à Fort-de-France, près du lieu de sa première implantation commerciale. Ce groupe n’entretient pas de rapport particulier au politique et ne se positionne pas par rapport à la France.

Les « Chinois » sont français car la Martinique est un DOM et ils vivent cette appartenance au même titre que leurs appartenances martiniquaise et chinoise d’origine. Or, les nouveaux migrants chinois se situent dans une frontière instaurant des limites avec les Martiniquais d’origine chinoise et les autres. Certes, la langue ne facilite pas les échanges, mais au delà, c’est une stratégie de la distinction qui émerge : ces Chinois rappellent que la Martinique peut aussi n’être qu’un lieu de passage à ne pas investir.

Autant les Martiniquais d’origine chinoise ont privilégié l’invisibilité, la discrétion au sein de la culture martiniquaise, autant ces Chinois refusent une quelconque identification, évoluant dans des cercles très fermés, loin des regards. Les premiers revendiquent l’attitude d’être soi mais pas entre soi, en étant d’abord martiniquais, tandis que les seconds sont dans l’entre soi sans les autres. La première attitude serait celle d’une créolisation réussie, la seconde celle d’une ethnicisation. Il existe ainsi des Martiniquais ” chinois ” et des Chinois à la Martinique, n’évoluant pas dans le même monde.

Source:
– Au delà de l’ethnicité : les «Chinois» à la Martinique de Isabelle DUBOST


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