le diable, le vaudou

Le diable, le vaudou et les missionnaires


Toute culture contient, d’une manière ou d’une autre, une vision du monde. L’homme a besoin de pouvoir se représenter d’où l’univers vient, où il va et comment il fonctionne, car cela conditionne dans une large mesure l’image qu’il se fait de lui-même et de son destin.

Nos aïeuls avaient une vision particulière de l’Univers et très différente des religions dite révélées. Ils vivaient en harmonie avec la Nature, mais surtout l’a personnifiait à travers des divinités et des cultes. De plus, les anciens regardaient vers le passé pour aller de l’avant. Ils se fiaient non pas à ce qu’ils voyaient mais à ce que leurs pères avaient vu. Ils estimaient que tout ce que qu’il fallait savoir de l’Univers avait été découvert depuis longtemps. À leurs yeux c’était l’arrogance suprême de prétendre que tous ceux qui avaient vécu auparavant avaient été légers ou négligents.

Et ce mode de pensée et de vie étaient contradictoires avec la Bible et le Coran. Selon les colonisateurs arabo-musulmans et européens, nos ancêtres étaient des féticheurs et adorateurs des cultes païens. En effet, tout ce qui était différent des saintes écritures était considéré comme l’oeuvre du diable ou d’esprits inférieurs. Alors que les religions révélées ont largement puisé et siphonné la culture et la cosmogénèse égyptienne qui était une civilisation nègre avant la conquête grecque.

Ainsi débuta, une féroce campagne de dénigration et de conversion forcée à coups de fouet et de castration car il fallait absolument exterminer ces cultes diaboliques ainsi que ces pratiquants. Ou mieux, il fallait taire et leurs faire oublier que le nègre était à l’origine, leurs enseignants. C’est ainsi que petit à petit, nos aïeuls oublièrent qui ils étaient et s’identifièrent à une culture étrangère et méprisante à leur égard.

Vous pouvez lire également : Nos superstitions comme vous dites sont notre résistance à l’acculturation.

Le cas d’Haïti

L’Eglise signe en 1860 avec l’Etat Haïtien un concordat qui reconnaît le catholicisme comme le seul culte officiel. Dès 1896, elle déclenche les premières persécution contre le vaudou, et les justifie à travers de nombreuses lettres pastorales.

Magie, sorcellerie et superstitions sont vigoureusement fustigées dans la conférence populaire que tient, en août 1896, l’évêque du Cap-Haïtien. C’est l’honneur de civilisés qui est bafoué par le vaudou. Seule une guerre sainte en viendra à bout:

« Certes on ne saurait trop flétrir ces vaines et honteuses observances, indignes de gens civilisés, coupables chez des chrétiens. Cette confiance insensée dans des pratiques ou des objets qui n’ont aucune vertu par eux-mêmes et n’en ont pas reçu de Dieu ni de son Eglise, cette puissance exagérée ou ridicule attribuée aux saints, aux images, aux reliques, et invoquée, souvent, pour obtenir l’accomplissement des desseins criminels; cette prétention enfin de produire des effets surnaturels par des moyens réprouvés par la religion et le bon sens, ce sont autant d’attentats contre la pureté de la foi, autant d’injures aux saints, autant d’outrages à Dieu Lui-même.

Et cependant plût à Dieu que nous n’eussions pas de plus graves sujets de gémir! Mais nous sommes aux prises avec l’idolâtrie. Nombre d’Haïtiens rendent à de dieux imaginaires le culte souverain dû au seul Créateur, et vous savez, mes frères, combien ce fléau s’est répandu ces dernières années!
Que dirai-je de l’atteinte portée à notre honneur national par nos attaches aux vieilles observances africaines? Il me faut du courage pour répondre à cette question; ayez-en, je vous prie, pour m’écouter. Un journal de la Dominicaine disait, en 1892, qu’Haïti était la seule puissance américaine qui eût encore des magiciens et des danses d’Afrique, et concluait qu’Haïti est une petite Guinée transplantée en Amérique, et la honte des Etats américains. Voilà ce que l’on a le droit dit pis encore.

Je me résume en deux mots, et je conclus. La nation haïtienne est malade, profondément malade, elle est atteinte de paganisme, le mal, il est vrai n’a pas de fortes racines dans l’âme du peuple, néanmoins il le fatigue, il l’ébranle, il mine ses forces, comme ces fièvres lents qui, sans présenter au début aucune gravité, épuisent le malade, et finissent par le conduire au tombeau. Et puis, notre mal est un mal honteux, il nous déshonore plus encore peut être qu’il ne nous ruine.

Tant que le vaudou existera par mous, c’est en vain que nous prétendrions passer pour une nation vraiment civilisée. Il faut donc, coûte que coûte, nous défaire de ce chancre, il faut déclarer une guerre sans merci à cette armé de brigands, appelés bocors, dont l’existence, à elles seule, est pour nous un déshonneur. Je ne veux pas sortir de cette enceinte sans vous avoir enrôlés tous pour le combat contre ces ennemis publics. « 

Mgr l’Evêque du Cap Haïtien, août 1896

Le travail de déracinement du vaudou, auquel s’attèlent les autorités religieuses, est soutenu par des petites feuillets de catéchèse qui utilisent un système très simple de questions et de réponses qu’on imagine reprises en chœur par les nouveaux repentis, et qui évoquent, pour les condamner clairement, tous les détails du culte vaudou.

Vous venez au catéchisme pour vous débarrasser de toutes les vieilles croyances de l’Afrique, puis pour bien apprendre comment fonctionne la vraie religion du Bon Dieu.

Q- L’Afrique que vous avez trouvée à notre naissance, est ce qu’elle marche avec la religion du Bon Dieu.
R-Non. L’Afrique, ça ne marche pas avec la religion.

Q-Pourquoi l’Afrique ne marche-t-elle pas avec la religion.
R- L’Afrique ne peut pas marcher avec la religion du Bon Dieu parce que l’Afrique ce sont les lwa, et la religion du Bon Dieu. On ne fait pas cuire le concombre avec l’aubergine.

Q-Qui est Jésus-Christ?
R-Jésus-Christ c’est Dieu. Et puis, c’est le Sauveur. C’est lui qui a souffert, qui est mort sur la croix pour nous sortir de l’Afrique.

Q-Comment peut-on reconnaître les anges rebelles?
R-Les anges rebelles apparaissent en puissance, pendant notre sommeil, pour séduire notre bon ange. Ils viennent chanter, ils viennent danser dans notre tête. Ils disent qu’ils sont nos maîtres. Ils disent qu’ils sont des papas, qu’il leur appartient de nous guérir. Ils promettent beaucoup de richesses. Ils demandent à manger, à danser. Ils demandent des « manger pour les morts », bougies, images, christs, chapelets, rogations, fauteuils, vaisselle, vêtements, mouchoirs. Ils disent qu’il faut faire pénitence, faire des vœux et des pèlerinages.

Q-Pourquoi les enfants de l’Afrique-Guinée ne peuvent-ils pas être plus forts que les enfants du Bon Dieu?
R-Les enfants de l’Afrique Guinée ne peuvent pas être plus forts que les enfants du Bon Dieu, parce qu’ils sont esclaves des lwa, pire encore, ils font beaucoup de péchés et vont en enfer.

Dans les églises, au terme d’un long dialogue avec le prêtre, chaque fidèle est sommé d’affirmer, par un serment dit de rejeté, qu’il abandonne à jamais toutes les pratiques du vaudou.

Le prêtre : Renoncez-vous aujourd’hui et pour toujours aux pratiques superstitieuses?
Le renouvelant : Oui, de toutes mes forces, je renonce.
Le prêtre : Renoncez-vous à la religion de l’Afrique?
Le renouvelant: Oui, de toutes mes forces, je renonce.

La Croix contre l’asson

Le père Carl-Edwards Peters, en 1960, dans un ouvrage intitulé La Croix contre l’asson, fait lui-même le bilan de la campagne antisuperstitieuse dite des « rejetés » à laquelle, en tant que missionnaire, il a activement participé. Il montre comment cette campagne a délivré le pays de Satan, honoré dans le vaudou, mais aussi comment elle a représenté pour l’Eglise une opération de nettoyage et d’épuration du culte catholique.

Il faut vraiment détruire tout : briser bouteilles, cruches, déchirer les images, arracher et brûcher poteaux et croix, emporter les pierres, enlever les colliers, écraser les cayes-loas, couper les bois servis, profaner tout ce qui est servi superstitieusement. Au premier abord, cela peut sembler pénible, mais ce sont les gens qui y tiennent. Et ils n’ont pas confiance si l’on n’emploie pas la méthode sévère.

Au début, il faut que ce soit le Père lui-même qui aille accomplir cette besogne. Les gens ne le feraient pas parce qu’ils ont peur. (…) Et l’on entend des propos dans ce sens : « Je n’irai pas chercher le prêtre, mais s’il vient je serai bien content. (…)
Une fois le mouvement lancé, il est absolument impossible au Père d’aller partout pour détruire les objets de superstition, de nettoyer, le pays et ces habitations. Mais on a toujours pu trouver au fur et à mesure des besoins, les apôtres nécessaires, à commencer par les sacristains.

Fin décembre 1945, le Père Rémy Augustin, écrivant au sujet de ce nettoyage, l’expliquait ainsi : « Ce fut parfois un véritable délire, tant la joie de la délivrance était contagieuse. Dans ce délire il y eut des incidents malheureux, des exagérations de tactique dont on a voulu rendre le clergé responsable. Pour moi personnellement, je n’en ai pas vécu, mais je sais que çà et là des rejetés forçaient des non-rejetés à livrer leurs fétiches…

Allez donc retenir une foule en délire. Allez donc prêcher le calme à des gens qui se sentaient délivrés d’un véritable esclavage et voulaient soit asseoir les résultat acquis, soit procurer la même joie à leurs frères. Qu’il y eut quelques abus, c’était inévitable, que les abus fussent encouragés par les évêques, rien dans les règlements de la campagne ne le prouve.

Cal-Edwards Peters, la Croix contre l’asson, 1960

Source:
Les mystères du vaudou de Laënnec Hurbon
Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheebrant
La christianisation des esclaves des Antilles françaises aux XVIIe et XVIIIe siècles de G. Debien


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