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La biblique des derniers gestes

Patrick Chamoiseau
Roman caribéen
Parution en 2012

« Jadis, au-delà de l’aurore et du crépuscule, les bois symbolisaient la demeure de la divinité, et ainsi de la Martinique. Mais les dieux sont partis laissant derrière eux, dans l’obscurité des siècles, des esprits qui enflamment toujours les racines des forêts, tandis que le temps poursuit sa route. Balthazar Bodule-Jules était né, disait-il, il y a de cela quinze milliards d’années – et néanmoins, en toutes époques, en toutes terres dominées et sous toutes oppressions.

Alors que, désenchanté, il décide de mourir, il se souvient tout à coup des sept cent vingt-sept femmes qu’il avait tant aimées… Ces créatures mémorielles le ramènent au long cours de sa vie sur les rives de la Terre, parmi le fracas de ses guerres auprès du Che en Bolivie, de Hô Chi Minh au Vietnam, de Lumumba au Congo, de Frantz Fanon en Algérie...

Dans ce vrac de mémoire, le vieux rebelle découvre la dimension initiatique de son enfance soumise à la grandiose autorité d’une femme des bois, Man L’Oubliée, seule capable de s’opposer aux damnations de la diablesse. Il prend la mesure des enseignements d’une ardente communiste que l’on croit être un homme ; puis il élucide enfin l’étrange douceur de celle qui lui paraissait la plus fragile de toutes : la céleste Sarah-Anaïs-Alicia…

Le narrateur (Marqueur de paroles et en final Guerrier) s’identifie insensiblement à ce rebelle qui l’emplit d’une connaissance littéraire des temps anciens et des temps à venir. Car, au terme d’une vie dont il ne pensait retenir que l’échec, l’agonisant accède à une autre conscience : cet amour-grand qui relie les contraires… »

Mon avis

Pour ma part, La Biblique des derniers gestes de Patrick Chamoiseau est une grande œuvre littéraire. C’est un roman ambitieux, déroutant, répétitif, doté d’un texte captivant et hautement poétique qui traite parfaitement l’identité martiniquaise (788 pages). L’histoire se passe au pays de la Martinique : Balthazar Bodule-Jules, le rebelle, l’enragé et l’insoumis, à l’aube de sa mort se remémore sa vie palpitante et les sept cent vingt-sept femmes qu’il avait tant aimées.

Ces créatures mémorielles le ramènent au long cours de sa vie sur les rives de la Terre, parmi le fracas de ses guerres auprès du Che en Bolivie, de Hô Chi Minh au Vietnam, de Lumumba au Congo, de Frantz Fanon en Algérie. Mais il s’attardera particulièrement sur son enfance dans les bois avec Man L’Oubliée. Une femme mystérieuse qui le protégea des attaques de Man Yvonette Cléoste. Une diablesse qui depuis son naissance le poursuivait pour ravir son âme.

C’est pas tout dire que de voir une guiablesse.
Il faut pourvoir, après, garder l’œil sur la vie sans voir derrière la mort!
Lui, connut ce tracas.

Sa protectrice l’initia à vivre en harmonie avec son environnement, l’ancienne communion entre les humains les animaux et le monde végétal. Cette pratique ancestrale permettait à Man L’Oubliée de vaincre la diablesse sans combattre, de frapper sans toucher, de renverser tout force avec le vent de cette force même. Grâce à ses consultations dans les communes, elle lui enseigna également des savoirs occultes : briser les malédictions, préparer des remèdes, méditer pour combattre les mauvaises énergies issues à du passé douloureux de l’île, etc.

L’agonisant nous reconnecte donc avec les mystères de notre île, notre médecine traditionnelle, notre identité martiniquaise afin de combattre l’assimilation qui nous guette. Une magnifique œuvre poétique, certes longue, que je vous invite vivement à lire.


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