viatique

Le viatique du grand coqueur

Approchant la quarantaine, Evariste Jobert était toujours un homme célibataire et sans enfant. Sa situation l’enchantait, lui qui aimait gouter sans engagement les multitudes saveurs qui pullulaient dans l’île. Grand coqueur devant l’éternel, il adorait toutes les belles femmes que le BonDieu avait mis sur la terre.

Evariste avait dégusté toutes les nuances de coucoune que la société créole pouvait lui offrir, de Josépha à la coucoune d’ébène douce et soyeuse à Berthe aussi blanche que ta robe de communion. Oui ! Ah qu’il les aimait toutes sans aucune distinction et préférence, du moment que qu’il y trouvait son petit plaisir, le coquin !

Chaque jour, il remerciait en prière son défunt père Victorin d’avoir fait en sorte qu’il soit bien doté. Face à la gêne que lui procurait son minuscule coco, Victorin expliqua à son fils qu’il devait faire un trou dans un giraumon et y introduire son sexe. Puis le légume devait être rebouché et remis en place afin que son sexe de petit garçon grossisse en même temps que le légume. Depuis ce jour, Evariste fit le bonheur de la gente féminine. Elles ne pouvaient que s’extasier face à sa grosse canne à sucre bien sucré. Hum hum !

Fauché comme une bonne partie de la population, il maîtrisait parfaitement l’art de consoler les veuves éplorées pour toujours avoir un toit sur la tête, un ventre plein, et des habits neufs et fringuant. D’ailleurs c’était forcément à cause de lui que la veuve du Dr Pierre se battit férocement sur le marché du Saint-Esprit avec la veuve de Mr Boutrin. Les défunts maris devaient se retourner dans leurs tombes à la vue du cancan qui rameuta toute la commune. Tchip !

À la suite de cette querelle, il s’installa à la rue François Arago à Fort de France et rafla toutes les demoiselles de la ville. Il savait les charmer, les amadouer, les cajoler mais surtout les rendre silencieuses. Si elles voulaient le revoir, il fallait que leur liaison soit la plus discrète que possible. Donc dans une famille, la mère, la fille, la sœur et la cousine pouvait fréquenter en même temps cet isalop.
Le diable en personne regardait avec fascination son toupet ! Et dire que Philomène sa mère avait espoir qu’il soit un éminent membre du clergé. Way !

Il mena sa vie de séducteur et de coqueur professionnelle paisiblement, jusqu’au jour où il tomba fou d’amour de Régina, la fille d’une vendeuse de poisson. Régina coco, crème à la vanille, douce passé sirop était une belle jouvencelle dotée d’une beauté particulière, son corps témoignait du métissage que regorgeait l’île.
Des yeux en amande couleur vert, une peau couleur sapotille, de long cheveux noir et soyeux, et une poitrine aussi juteuse que des mangues mûres. Il fut tellement ébloui qu’il bégaya en lui disant bonjour et acheta toute sa marchandise de poisson sans aucune négociation.

Depuis ce jour, il délaissa ses conquêtes et fit la cour dans les règles à Régina. Après des mois de paroles sirop miel et de promesses, elle accepta sa demande en mariage. Evariste fut l’homme le plus heureux du monde, mais il savait pertinemment que le couple devrait déménager afin d’éviter de croiser ses anciennes concubines enragées par sa disparition. 

Il voulait offrir à sa future femme, une magnifique et savoureuse nuit de noce. Certes Evariste était un homme solide et endurant, mais face à la beauté de sa femme il savait qu’il ne pourrait guère tenir toute la nuit, voir même les cinq premières minutes.

Orgueilleux, il suivit la recette du fameux viatique du grand coqueur pour être le plus fougueux que possible. Cette recette devait forcément aider ton papi à repeupler le territoire. Donc, il se procura les organes génitaux de cinq tortues mâles au moment de l’accouplement. Les organes devaient être conservés dans du sirop de batterie jusqu’au neuvième jour du mois de Marie. Puis, il devait les mettre à sécher sur une plaque de verre à la tombée de la nuit.

Réduire en poudre en ajoutant l’équivalent d’une noix de muscade, deux parties de noix de cajou grillé et râpées et du gingembre. Et mélanger le tout dans un verre de porto avec deux jaunes d’œufs battus et du citron. Les effets en seraient extraordinaires ! Et afin de prolonger les effets, il était recommandé de faire la sieste sous un papayer dont on consomme le fuit saupoudré de cannelle râpée.

Le jour de son mariage, son sexe fut bien droit et prêt à assouvir Régina. Il attendit nerveusement la fin de la cérémonie et de la fête pour enfin se retrouver seul avec son épouse. Il voulait que toutes les lumières soient allumées pour contempler son corps juteux, et prit d’une crise d’ardeur il déchira son pantalon et exhiba fièrement son membre debout.
Mais, à la vue de la grosseur disproportionnée du sexe de son mari, Régina s’évanouie de terreur. Ay bon dieu !
En effet, le bougre avait surdosé son élixir, au lieu de cinq tortues mâles, il avait consommé six tortues mâles. An sakré kouyon, oui !

Son coco prêt à l’attaque nuptiale avait subitement triplé de volume ! Et plus le temps passa plus il grossissait. Jusqu’a qu’il meurt soudainement d’un manque d’oxygène car tout le sang allait vers son soldat au lieu d’irriguer son cerveau. Et oui !

Notre pauvre Evariste mourut sans avoir pu gouter la seule fleur qui désirait ardemment butiner. Même après ton trépas, son sexe resta aussi droit qu’un bois lélé. Tandis que Régina traumatisée, resta vierge jusqu’à sa mort…Patat sa, mi bel gachi !

Valérie RODNEY


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