FOND ZOMBI

Fond Zombi

Savez-vous qu’un quartier de la commune de Saint-Joseph se nomme Fond Zombis ?

Si je ne vous apprends rien, le plus intéressant pour nous est de savoir pour quelle raison on l’a nommé ainsi. Entre nous, j’éviterais d’acheter un terrain dans ce quartier afin de ne pas mourir face à un zombi rodant dans les parages. Or Dieu seul sait, ainsi que tous mes loa racines, que je ne suis pas une peureuse !

Néanmoins je préfère me tenir à l’écart de ce genre de phénomène. Imaginez un quartier nommé fond dorlis, forcément un compère a sévi dans les environs. Ce n’est pas moi qui vais y habiter, tout de même !

Afin d’élucider ce mystère autour du nom de ce quartier, j’ai dû délier les langues à coup de poudre de vérité, une recette ancestrale dont l’ingrédient principal est caché dans le cercueil de feu ma grand-mère paternelle. Kouté bien !

Antan lontan, avant que la modernité ne pollue les cours d’eau de notre belle île, les petites rivières pullulaient dans toute la Martinique. A l’époque, contourner le cours d’eau prenait du temps. Mais surtout le traverser était difficile voire même dangereux.
En effet, les esprits qui habitaient les rivières étaient farceurs et très exigeants. Afin de gagner leurs faveurs, il fallait renverser un verre de cachiri à terre avant de traverser la rivière. Et si par malheur, au contraire de la tradition amérindienne, votre boisson était mal préparée, vous pouviez périr brutalement lors de votre traversée.

Nous ne pouvons que comprendre cette petite vengeance des âmes amérindiennes au vu des massacres subis par ces authentiques habitants de l’île. Oui mes zanmis, les esprits des amérindiens ne rigolent pas avec les traverseurs d’océan. Je dois tout de même souligner, qu’ils sont plus cléments avec les nègres… Afin de gagner du temps et d’éviter de fâcher les esprits, nos ingénieux ancêtres avaient trouvé la solution.

Puisant dans les souvenirs de notre Afrique, une poignée d’hommes réussirent à dépoussiérer un art ancestral. Cet art pratique, permettait de construire en une nuit un pont solide en lianes, tissées comme une toile d’araignée. Ce majestueux pont pouvait supporter n’importe quelle charge, à condition que les marcheurs soient pieds nus.

Mais le plus important, c’est que personne ne devait voir la construction de ce pont mystérieux. C’était tabou, car il fallait respecter les enseignements de l’Araignée créole Anansi et ceux des initiés africains sous peine de sanctions mystiques.

Les habitants étaient contents tout bonnement, plus besoin de parcourir des kilomètres pour atteindre les champs. Plus besoin de traverser les rivières avec la crainte au ventre. Le secret était bien gardé, pour éviter que le béké fourre son nez dans les affaires des nègres et des amérindiens. Et afin de ne point délaisser les esprits de l’eau, il était toujours d’usage de verser dans la rivière leur boisson préféré.

Le pont avait une durée limitée, les mystérieux initiés devaient le restaurer dans le plus grand secret, tous les ans au mois d’août avant le premier cyclone. Ils prévenaient discrètement la population, en amassant près du pont des lianes séchées. C’était le signe, pour les habitants de ne plus roder près du pont la nuit afin que les initiés puissent le restaurer.

Mais dans les environs, certains habitants critiquaient les agissements des initiés. Ils colportaient des commérages qui diabolisaient ce savoir ancestral et trouvaient écho aux oreilles des fervents chrétiens de la commune, ils décidèrent de démasquer les bâtisseurs. Sacrilège !

C’est donc, lors d’une nuit fraîche du mois d’août que ces inconscients se cachèrent dans la végétation à proximité du pont. Ils attendirent patiemment l’arrivée des démons bâtisseurs. Et c’est lorsque M. Zobéï, l’instigateur de cette traque découvrit l’identité d’un initié, que la sanction mystique tomba aussi sec qu’un coco sec.

La vingtaine de curieux se transforma en zombis. Effrayés et en colère, ils tourmentèrent les habitants. La nouvelle voyagea dans toute l’île, et c’est à partir de ce jour que les martiniquais baptisèrent ce quartier fond zombis. Heureusement qu’un grand quimboiseur habile avec les herbes et les sortilèges, réussit à éloigner les zombis des cases.

Ils trouvèrent refuge dans la luxuriante végétation de l’île, sur les hauteurs, dans les bois. Quelques fois, ils saccagent les champs des agriculteurs pour leur rappeler qu’ils sont et seront toujours là…

C’est aussi pourquoi, face à cette grande trahison, que les initiés décidèrent de ne plus construire les mystérieux ponts de lianes…Et ce grand savoir se perdit dans la végétation de la commune de Saint-Joseph.


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